Résurgences Senséennes

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Férin

Origine Historique Armoiries La Légende du Chaudron
La Ferme du Pont La dame aux mille facettes L'Eglise Le Calvaire
La chapelle St Roch Spécificité La fête du chaudron

Origine du village

Au 1er siècle après JC, les constructions en bois sont remplacées par des fondations en dur, et le plan d’une petite ‘villa’ typiquement gallo-romaine apparaît.

Jusqu’au milieu du 3ème siècle après JC, l’Atrébatie romaine connaît une expansion économique et une indéniable prospérité agricole, dont les campagnes du Val de Sensée.

Cette période est en corrélation directe avec la pacification du Nord de la Gaule, et surtout avec l’intérêt que lui donnent les différents empereurs, notre région constitue en effet, la base arrière pour le ravitaillement des légions installées sur la frontière du Rhin.

A Férin aussi, les vastes domaines agricoles de l’aristocratie franque, (les ‘villae’), remplaceront les plus modestes, leurs bâtiments d’exploitation s’étendent parfois sur plusieurs hectares.

Les murs principaux sont en moellons de craie, les toits couverts de tuiles en terre cuite, quelques pièces principales sont décorées de peinture et dotées d’un chauffage central par le sol, un hypocauste.

Ces domaines regroupent chacun plusieurs villages qui sont d’ailleurs à l’origine de plusieurs communes actuelles. On les connaît mal, sauf quand leurs propriétaires finissent par les léguer à l’église, et plus particulièrement à un monastère, dont les premiers sont fondés dans la région vers le VIIème siècle.

Par contre, aucune communauté religieuse ne s’installera à cette époque dans le Val de Sensée, et c’est ainsi que les villages de Biache et Hamblain seront donnés au monastère St Vaast d’Arras, ceux de Férin et de Goeulzin à celui de St Amand, Sailly et Gouy à Marchiennes, et celui de Flesquières (un village disparu – voir à Cantin), au monastère Sainte Aldegonde de Maubeuge.

En 1804, on découvre dans un champ, un pot de terre contenant plus de 1800 monnaies romaines, la plupart à l’effigie de Posthume (259 à 268), qui donnera naissance à la fameuse légende du chaudron, voir plus loin.

La conjoncture sera assez favorable avec les trois ou quatre siècles qui suivront.

Une première mention de la commune est citée en 1205, Férinus.

Historique

Il semblerait bien que le village n’ait été longtemps qu’une dépendance de Dechy.

Au Moyen Age, Férin appartient toujours au monastère de St Amand, qui en détient l’autorité spirituelle, et n’obtiendra son autonomie paroissiale qu’au 12ème siècle.

En 1205, l’abbé de St Amand accordera aux habitants de Férin, une loi pénale inspirée de celle de Douai.

La fin du Moyen Age et la période qui suivit fut terrible.

Entre la mort du duc Charles le Téméraire en 1477, et la conquête sous Louis XIV en 1667, des guerres interminables entre la France et les Pays Bas, bourguignons puis espagnols, ravagent toute la contrée.

Les trêves peuvent se révéler pires que les campagnes militaires proprement dites, lorsque les soldats sans solde se ‘muchent’ dans les châteaux en ruine (Estrées, Férin ou Goeulzin) pour piller systématiquement les environs.

Ce sont les misères de ces temps qui expliquent notamment la disparition des châteaux et des églises médiévales dont les derniers témoins, le clocher de Saudemont ou la nef d’Arleux, laissent imaginer l’importance des destructions.

Armoiries

Les armes actuelles de la cité sont celles de l'abbaye de St Amand: Parti, d’or à l’aigle bicéphale de sable et d’azur semé de lys d’or.


La légende du Chaudron

Au début du premier millénaire, alors que les Romains étaient en pleine conquête de la Gaule, un centurion décida d’établir domicile sur ce qui allait devenir Férin.

Malheureusement, le sort en voulu autrement.

Une bande de brigands l’attaqua et décima toute sa famille. Mais les voleurs partirent bredouilles car notre centurion avait pris soin de cacher sa fortune dans un chaudron soigneusement enterré.

Cependant, son âme ne put trouver le repos, il avait juré qu’avec tout son or il rendrait des enfants heureux, et c’est ainsi que son esprit se mit en quête d’un mortel pour accomplir la mission qu’il s’était imposée.

C’est alors qu’il commença à hanter les rêves de plusieurs personnes en leur indiquant l’endroit où était caché le trésor, mais, comme il n’avait qu’une confiance limitée aux hommes, il usa du pouvoir de transformer l’or en cailloux, dès que la personne choisie perdait la tête à la vue de cette fortune.

1800 années plus tard, alors qu’il se désespérait, il remarqua Férinus, un être humble, courageux, et surtout adoré de tous les enfants du voisinage.

Son attente ne fut pas vaine, et notre ancêtre fraîchement fortuné, n’eut de hâte que celle de construire un village pour faire le bonheur de tous les enfants de la région.

La Ferme du pont

Certains villageois l’appellent encore la ferme du pont, d’autres, la ferme du canal.

Ces bâtiments du domaine de la Sensée, à droite sitôt franchi le pont vers Bapaume, couvrent plus d’un hectare.

Ils sont organisés au carré, comme toutes les propriétés flamandes, elles-mêmes inspirées du modèle de la villa gallo-romaine.

Au centre de la cour intérieure, à la place de la piscine, le mont de fumier, naguère symbole de richesse, aujourd’hui synonyme de pollution.

La façade alignait deux habitations encadrant le logis principal, vaste demeure égayée par dix neuf vues et un balcon.

L’une abritait le chef de culture, l’autre le responsable de la tricotterie et sa famille.

Un premier côté est réservé au chenil et à la bergerie, et son vis à vis à l’étable et à l’écurie ; au fond, les hangars et les garages.

La famille Couppé dirigeait aussi la raffinerie de sucre locale.

La guerre leur prit leur métier.

Aujourd’hui, il reste une place forte qui vieillit dans l’ennui, trop consciente d’être la gardienne de 300 hectares de la meilleure terre qui soit, écrivait Jean Couppé, occupant du lieu (voir plus loin Paule Hahn).

Paule Hahn, la dame aux mille facettes

C’est Paule Lemarchand, épouse Hahn, grand mère de Jean Couppé, qui devait créer une simple pension de famille au Touquet, qu’elle baptisa ‘le pavillon Sans-Soucy’, avec une clientèle triée sur le volet, c’est là que les premières scènes de No-No-Nanette y furent fredonnées.

Mais il ne s’agissait que d’un galop d’essai, elle rêvait déjà d’un tout autre cadre.

Elle finit par le découvrir dans l’un des plus beaux méandres de la Canche, à La Madeleine, avec les remparts de Montreuil sur Mer comme horizon.

L’auberge de La Grenouillère, qu’elle créa à partir de simples masures, devint vite célèbre, et on pouvait y croiser des personnages aussi différents que Ravel, Delage, L’Herbier, Lindbergh, l’Agha Khan…

Entre temps, infatigable, elle enseignait le français et la cuisine à Londres, au Collège Royal. Par la suite, elle importa quantité de produits britanniques, en plus du barman et du jardinier !

Ma grand mère, dit encore Jean, n’était pas le type de grand mère qui vous cajole sur ses genoux, et elle dirigeait maman dans sa propre maison, au domaine de la Sensée, comme on l’eût fait d’une gamine.

Son sens des cérémonials, ses qualités d’accueil, un art de vivre certain, son sens prodigieux de la décoration, sans oublier son génie culinaire, ne l’empêchaient nullement de passer avec un égal bonheur à la poésie, au dessin, et à la musique de variétés !

L’église

Férin connut deux églises. La première se situait perpendiculairement à l’actuelle, plus petite, avec un toit en paille et en chaume, et fut détruite à cause d’un incendie, disait-on.

Elle était de style roman, à trois nefs séparées de huit colonnes ronde en pierres de Soignies, avec un chœur à pans coupés, et entourée d’un cimetière déplacé lors de la nouvelle construction, en 1862.

On peut d’ailleurs lire, sur un compte rendu du conseil municipal, que pour financer ce transfert il fallut procéder à la vente d’arbres ‘au calvaire sur al rampe du pont’ et ‘dans la rue du marais’.

La propriété à côté de l’église étant une ancienne abbaye, il fallut, pour le projet de construction en 1854, organiser un certain nombre de démarches. Pendant toute la durée des négociations, initiées par Ghislain Duconseil, maire de l’époque, les paroissiens férinois furent privés de lieu de culte.

C’est vers 1856 que les premiers travaux débutèrent, par la démolition de l’ancienne église, où chaque pierre, chaque brique, fut soigneusement récupérée et réutilisée pour la construction du nouvel édifice.

En outre, pour compléter le financement des travaux, il fallut procéder à la vente d’environ trois hectares de terres.

A l’intérieur, entre autres, le maître hôtel, avec tabernacle du XVIIIème, en bois, autrefois peint en blanc et or, avec glaces, récemment repeint en blanc, d’une hauteur de 2m et large de 3m50, provient du couvent des chartreux de Douai.

Pendant la Révolution, ce couvent fut transformé en cartoucherie et magasin d’artillerie. Le maître hôtel fut racheté par un marchand de vins, puis déposé à Férin, en 1811.

Les vitraux furent donnés par des familles férinoises, et récemment rénovés. Dans la nef Nord, vitrail représentant saint Henri offert, en 1923, par Mr Henri Couppé. Ceux de la nef Sud, représentent saint Louis rendant justice, ils furent offerts la même année par Mme Vve Georges Couppé, à la mémoire de son époux.

Pendant la guerre 14-18, l’église servit d’hôpital à l’armée allemande. On y ramenait les blessés pour les soigner, tandis que les morts étaient enterrés dans le cimetière allemand, rue Montet.

La première cloche, Marie Catherine Georgette, datée de 1817 et fondue par l’ennemi, fut remplacée par Louise Augustine Henriette Georgette depuis le 2 juillet 1922. Elle connaîtra en 2004, un autre ‘son de cloche’.

L’église est placée sous le patronage de St Amand (Voir le culte de St Amand à Aubigny au Bac).

Le Calvaire

Totalement isolé, entouré de grands arbres, le calvaire communal est dressé en dehors du village, en retrait de la D956 vers Douai.

On n’en trouve pas trace au cadastre de 1829, mais le registre des délibérations municipales de 1862 mentionne « une vente des arbres qui croissent au calvaire » et celui de 1863 « ces terres seront déposées au pied de l’ancien calvaire situé sur le chemin de Lambres ».

En 1878, un calvaire figure à l’emplacement actuel ; détruit à la première guerre mondiale, il fut reconstruit vers 1930 avec les dommages de guerre, par le même entrepreneur que celui de la chapelle Saint Roch.

Tout comme à Estrées, ce calvaire est couvert et les gonds qui subsistent prouvent l’existence d’une grille restituée lors de la restauration.

Une croix en bois de 4m de haut, dont la traverse mesure 1m60, est scellée au mur du chevet.

Elle porte un Christ représenté mort, la tête penchée vers l’avant, coiffé de la couronne d’épines et portant une barbe épaisse et des cheveux jusqu’aux épaules.

La musculature des bras est intéressante tandis que le reste du corps a une plastique plus négligée. Les pieds sont fixés séparément.

Cette représentation accentue, avec un naturalisme vigoureux, le caractère horrible de la crucifixion.

Les processions du Saint Sacrement allaient jusqu’au calvaire, partant de l’Eglise, puis devant la mairie et la rue de Douai.

Un premier reposoir était dressé au n°2 rue de Dechy par Gabriel Samain, avant de rejoindre le calvaire décoré pour la circonstance, par Mme Delille.

Au retour, on s’arrêtait au reposoir du cimetière dressé par Mr Charlemagne Delbart, puis on regagnait l’Église.

Chapelle Saint Roch

En bordure de la rue du pont, voie désormais en impasse mais qui fut l’axe principal traversant la commune et reliant Douai à Bapaume, avant la construction du nouveau pont sur le canal de la Sensée.

La chapelle Saint Roch aurait été construite par un particulier, Mr Moussy, qui en fit don ensuite à la commune en 1848.

Non relevée sur le plan de 1829, sa construction se situerait donc entre 1829 et 1848.

Détruite pendant la première guerre et reconstruite en 1930 par l’entreprise Douaisienne Albert Lemire, elle se distingue surtout par le magnifique décor de sa façade.

Elle est revêtue d’un décor de cimentation de style néoclassique parfaitement exécuté par des maîtres cimentiers italiens.

Reposant sur une estrade, l’autel en bois est une console dont la table est supportée par deux pieds.

Surmonté d’un tabernacle central encadré de part et d’autre de trois degrés, il porte une statue de Saint Roch traditionnelle, patron des pestiférés.

Deux autres plus petites, dont un second Saint Roch, sont placées sur les degrés.

L’un des saints Roch fut offert par Marie Lucas pour la guérison de son fils Désiré qui claudiquait.

Jusqu’en 1948, la procession de l’Assomption le 15 août, partant de l’Église, allait jusqu’à cette chapelle Saint Roch ; en chemin, elle s’arrêtait au reposoir installé chez Antoine Alloi ou chez Désiré Bégot.

Voir le culte de Saint Roch à Goeulzin.


Spécificité – les Mijotées

La spécificité de Férin est directement inspirée de son passé et son fameux chaudron reçoit dorénavant les secrets de cuisine de ses villageois, ainsi que de la talentueuse Madame Couppé, Paule Hahn.

Des recettes telles que fricassées au ragoût, ou encore celle des légendaires patacons, de la pomme de terre à la cloche (voir aussi l’histoire de la pomme de terre à Erchin) ou encore des haricots au lait, utilisent des ingrédients parfois perdus de vue, comme l’isope qui ajoute un léger parfum anisé, ou la surelle, dérivée de l’oseille, et d’autres…, tous ces plats encore meilleurs quand on a le bonheur de pouvoir les déguster en retirance, ou en rassacure.

Passionnés de bonnes choses mijotées, les Férinois allaient même jusqu’à casseroler les époux !

La fête du Chaudron

Férin fête le chaudron le 3ème week end de juin.

Bien que le trésor fut découvert en 1804, la fête qui lui est désormais dédiée est très récente, sa première édition date de l’an dernier, en 2003, une crémaillère récente pour ce chaudron !

Ils l’avaient promis, et ils l’ont fait !

Des mois de préparation, plus d’une centaine de bénévoles mobilisés pour que cette première édition soit un grand rendez-vous.

Le traditionnel ruban tricolore coupé du samedi, donne le coup d’envoi de ces festivités.

Les animations se succèdent ensuite jusqu’au soir, où une grande soirée dansante clôture cette première journée.

Très tôt le lendemain, les bradeux envahissent les rues tandis que de nouvelles animations viennent évoluer sur le podium sans discontinuité, jusqu’à très tard, le dimanche soir.