Résurgences Senséennes

Accueil

Féchain

Origine Historique Le Polissoir Armoiries Spécificité
Le Trésor de Féchain Le Château Le Fraitmelz Le Marlière et le Maretz Les Marais
L'Eglise La chapelle St Roch La chapelle Ste Anne (de l'Ermitage) La chapelle Ste Marie La grotte ND de Lourdes
Irma Sablon, la doyenne Ernest Cavro, le butineur Le Lin Les Moulins Le Rouleauttage
Les Briqueteries Fête locale Un Géant pas comme les autres

Origine du village

Bordé au Nord par une croupe crayeuse assez élevée, le village embrasse également la zone humide formée par la Sensée et ses étangs. Les hommes préhistoriques trouvèrent à Féchain, tout ce qu’il leur était nécessaire pour demeurer : l’eau, le bois, le gibier, le poisson, et le silex indispensable à la confection de ses outils.

Quelques éléments de faucille et des broyons en silex, témoignent aussi d’une agriculture balbutiante.

Des générations primitives se sont succédées sur ce territoire, jusqu’à la fin de l’age du bronze, 700 ans avant JC.

La sédentarisation des nomades, 4000 ans avant notre ère, et surtout le phénomène du mégalithisme au néolithique, laissera ses stigmates dont certaines encore visibles inscriront la vallée de Sensée dans les hauts lieux que choisirent, avant nous, ces hommes, nos ancêtres, issus du fond des ages (voir plus loin, le Polissoir).

3 de ces mégalithes furent identifiés sur le territoire de Féchain, le premier, entre la cité et Aubigny au Bac, au bord d’un ancien chemin qui rejoignait Cambrai à Valenciennes, planté dans le ‘bois de nui’ devant la chapelle de l’ermitage (voir plus loin), ressemblait à une aiguille de grès de 2m50 environ, appelée la ‘Pierre au beurre’.

La légende raconte qu’en approchant l’oreille, on entendait clairement le bruit de la vieille battant son beurre. Ce mégalithe fut couché en terre, et un agriculteur la retrouva il y a quelques années.

La seconde, plus petite, se situait à quelques dizaines de mètres de là, elle fut détruite au cours de la première guerre mondiale ainsi que la troisième, dressée au nord à 200m du cimetière.

De petites fermes gauloises furent érigées ensuite sur ces implantations du néolithique, un gros tesson de poterie du second age de fer (-1500 à -400 av JC), et un couteau en fer découverts en 1983, confirment ces aménagements.

D’ailleurs à l’origine, Féchain s’appelait Felshen, la pierre, nom d’origine germanique.

Du 1er au 3ème siècle, à la période de ce que nous appelons le Haut Empire Romain, on incinérait selon la tradition les défunts, qui devaient disposer de subsistance, à boire et à manger, et d’un peu d’argent pour acquitter le droit de passage vers l’au delà.

La tombe de Féchain, mise à jour par le propriétaire du terrain, Mr Poulain, alors qu’il creusait des fondations, présente un bon exemple des pratiques funéraires des Gaulois Atrébates.

Le mobilier céramique, constitué de onze vases, représente la vaisselle du banquet funéraire, souvent en taille réduite, urnes pour les cendres, bouteille, assiette, tasse, bol et terrine en Terra Nigra. Des offrandes alimentaires leur sont toujours associées, une mâchoire de jeune porc était présente dans la sépulture. La céramique permit de dater cette tombe du milieu du 1er siècle.

Quelques accessoires typiquement féminins font souvent partie de la panoplie, telles que fibules (voir à Bugnicourt), miroirs, et palettes à onguent, pour la nouvelle vie.

On peut penser que cette tombe n’est qu’un élément d’un petit cimetière qui devait s’étendre aux alentours.

La plupart du temps, on y retrouve aussi quelques pièces et médailles, pour le péage.

C’est ainsi que près de la chapelle de l’ermitage, deux pots en terre grise furent découverts. L’un, brisé, contenait des restes d’ossements humains calcinés, tandis que l’autre, un sesterce d’Antonin le pieux (138-161) ayant subi l’action du feu.

Les ossements appartenaient au défunt brûlé sur le bûcher. Placés dans cette urne enterrée avec une tuile ou une pierre par dessus, ces restes étaient accompagnés de la monnaie correspondant à l’offrande funéraire déposée dans la bouche du disparu et incinérée avec lui, c’était l’obole à charon, le passeur des morts.

Il sera fait mention de Fechen en 1154, dans le cartulaire de l’abbaye de Vicoigne qui possédait des terres dans le village., de Fecen en 1161 dans les titres de l’abbaye de St Aubert, de Féchaing en 1216 à Saint Amé de Douai, de Feschen en 1246, et encore de Fecaing en 1296, de nouveau à Saint Amé.

Historique

Plus tard, de Clodion à l’an mil, les rois francs mérovingiens, puis carolingiens administrent leur royaume divisé en ‘comtés’. C’est ainsi que la rive gauche de la Sensée fera partie du comté d’Ostrevant (Osterbannum, la circonscription de l’est, un des rares mots germaniques à être resté en usage dans la région).

La rive sud sera répartie entre les comtés d’Artois et du Cambrésis, en suivant la vieille limite gauloise de l’Hirondelle.

Au 9ème, l’empire carolingien connaîtra de graves difficultés, surtout à cause des invasions vikings. Ils pillent la région de 879 à 884 et reviendront encore, en bandes plus petites, les décennies suivantes.

En 881, Cambrai et Arras brûlent, ainsi que tous les monastères de la Scarpe. Louis IV, la même année, tentera en vain de les arrêter en fortifiant le site de l’ancienne forteresse gauloise d’Etrun-Paillencourt.

C’est vraisemblablement suite aux craintes suscitées par l’un de ces raids, que l’on doit l’enfouissement, dans le marais de Féchain, d’un petit trésor d’argenterie, quelques centaines de piécettes d’argent et une poignée de bijoux de même facture (voir plus loin le Trésor de Féchain).

Des lettres du Saint Siège en 1154 attribuèrent à l’abbé de Vicoigne neuf fours à ban, dont celui de Féchain, qui faisait obligation aux villageois de cuire leur pain dans ce four et de payer l’impôt, et aucun d’eux ne pouvait se dérober à ce qui était appelé, la banalité du four des Prémontrés.

Au cours de son histoire, la cité fut maintes fois détruite. Dès 1200, les anglais venant d’Arleux et de Bugnicourt pillent et incendient Monchecourt, dont les habitants ont eu à peine le temps de s’enfuir et ont eus les talons brûlés, dit la légende, on les appelle encore aujourd’hui les noirs talons, puis brûlent Marcq en Ostrevent, Marquette, Féchain et mettent le siège à Bouchain.

La plus ancienne mention qui soit faite des seigneurs de Féchain remonte à 1228, la généalogie de Wavrin mentionne que le chevalier Hugues de Waziers, seigneur de Féchain, accordait une terre sise au lieu dit.

En 1230, avec Hugo de Fecang et plus sûrement à partir de 1248 avec Jean Bouriel de Féchain, et en 1359, on fait mention des castiel, dongnon et maison…de Bouriel de Féchaing.

Aux 15ème et 16ème viendront de nombreuses guerres qui ruineront à leur tour toute la région et, de 1446 à 1470, c’est la ruine générale dans tout l’Ostrevant.

En 1521, François 1er prendra Bouchain, les villages environnant sont tous dévastés.

En 1629, c’est le seigneur Maximilien de Sainte Aldegonde (voir à Erchin) qui en sera le seigneur pendant 30 ans, et passera la seigneurie à Antoine Drouhot, bourguignon d’origine, gouverneur de Bouchain.

Il jouissait d’une telle réputation que même Louis XIV en pleine conquête, désira s’attacher ses services mais reçu comme unique réponse ‘qu’il n’avait jamais retourné son habit’.

En 1705, c’est un ouragan terrible cette fois, qui anéantira la cité.

Antoine Hyacinthe de Blondel Drouhot né en 1669, devint le seigneur de Fechain et du Barlet, il décédera en 1748 au château du village.

Son fils, Messire Louis Hyacinthe de Blondel, Baron de Drouhot, seigneur de Féchain, redevint citoyen à la Révolution, et récompensa ses serviteurs avant de partir s’exiler en Belgique.

Mégalithe : le Polissoir

Bien que plusieurs polissoirs aient été mis au jour dans toute la région, voir à Aubigny au Bac, celui que vous pouvez admirer à côté de l’église mérite largement votre attention.

En effet, c’est en 1968, lors des travaux d’élargissement du canal de la Sensée, qu’une découverte sensationnelle passionne les spécialistes : ‘On a trouvé le plus beau spécimen !’.

Effectivement, avec un gabarit de ce format, 4m sur 2 pour un poids estimé à plus de 7 tonnes, ce polissoir était le plus imposant jamais retrouvé jusqu’à présent.

4000 ans auparavant, l’homme l’utilisait pour le polissage de ses outils de silex et l’affûtage de ses armes (haches, pointes de lance, flêches..)

Bien entendu, pas question de le laisser là, il gênait les travaux de la rive droite et de gros moyens furent mis en œuvre pour extraire ce monument du néolithique.

Hélas, il ne résista pas et le bloc se brisa au moment de son extraction.

Aujourd’hui, c’est une masse d’environ 1m10 sur 1m90 pour 4 tonnes, portant les stigmates de 16 cuvettes de polissage creusées à même sa face supérieure, qui vous forcent à imaginer que 4000 ans plus tôt, il y avait déjà des hommes, là, devant vous.

Voir aussi le Circuit des Mégalithes.

Armoiries

Les armes actuelles de la cité sont celles du Seigneur de Féchain Antoine Blondel Drouhot :’Armorial de sable à la bande d’or’.

On retrouve les mêmes armes dans la commune de Cuincy appartenant à Agnès Oudart, Dame de Cuincy, par son mariage avec Antoine Blondel.


Spécificité

A Féchain, la spécificité du village est vraiment…spécifique.

Elle ne se mange pas, ne se boit pas, ne se contemple pas, mais elle s’apprécie. Elle s’apprécie surtout avec le temps d’ailleurs.

Pas la peine de se bousculer, ici on prend le temps…de vivre comme on dit, et même de vivre longtemps, très longtemps.

La Longévité des Féchinois est réputée, remarquable, et parfois même exceptionnelle, puisque la cité a même accompagné rien de moins que la doyenne des français, Irma Sablon (voir plus loin), jusque dans sa 108ème année.

Depuis, plus d’un candidat tente de dépasser ce record sans y être parvenu pour l’instant, mais les prétendants ne désespèrent pas, car à Féchain on a … l’éternité, devant soi !

Le trésor de Féchain

Le 14 mai 1967, en bordure de la rivière au lieu dit ‘les hollande’, c’est par hasard qu’en creusant un fossé près d’un chalet de pêche, deux personnes mettent à jour l’un des plus riches trésors carolingiens jamais découvert en Europe.

Les raids Vikings vers l’an 900 et la terreur qu’ils inspiraient, furent vraisemblablement à l’origine de l’enfouissement des richesses détenues par les mieux nantis.

Pas moins de 427 deniers, 14 oboles, des bijoux féminins, le tout en argent, furent ainsi mis au jour et confiés au musée de la Chartreuse de Douai.

Tout laisse à penser que d’autres magots attendent, à leur tour, de faire d’autres heureux.



Le château

Une gouache des albums de Croÿ en 1610 (voir ci-dessus) montre au sud de l’église, une grande bâtisse turriforme représentant le château reconstruit.

Il était bâti avec ses dépendances sur une parcelle au centre du village, limitée au nord par la rue de l’église, au sud par la Sensée, à l’est et à l’ouest par deux rues parallèles descendant vers le marais.

De la rue de l’église, on y accédait par une allée bordée de marronniers se terminant par un pont-levis.

Sur un plan de Féchain de 1690, on peut voir l’emplacement du château, et le cadastre de 1812 donne une image de l’ensemble castral.

Il a la forme d’un carré légèrement évasé vers le sud, d’une cinquantaine de mètres de côté. Des tourelles rondes subsistent aux angles nord-ouest et nord-est. La façade a disparu et les ailes est et ouest se prolongent par les communs, sans doute l’ancienne basse cour.

L’ensemble est fossoyé et communique directement avec la Sensée. A l’est, un vaste enclos de 200m sur 75 est également fossoyé.

Le château disparaîtra vers 1845, les bâtiments tout en grès avaient l’apparence d’une grande ferme, le tout fut vendu et voué à la démolition.

Le Fraitmelz

A 300m environ de l’église, vers Aubigny, la Sensée et la ruelle des Wagnons, le cadastre de 1812 montre une plate forme de 30m sur 50 entourée de fossés importants, 5 à 6m de largeur.

La ferme est mentionnée dans les cartulaires du début du 16ème et, d’après la date gravée sur l’une des pierres du colombier, les bâtiments ont été restaurés en 1739.

Le logis est bâti de plain pied sur un soubassement en grès, et l’épaisseur des murs atteste l’ancienneté de la bâtisse.

Symbole de privilège seigneurial, la présence du pigeonnier au centre de la propriété indique que cette cense a du appartenir à l’une des familles nobles propriétaire du château, ou d’une abbaye.

Le Marlière et le Maretz

Il est une autre maison forte non loin de la limite communale avec Wasnes au Bac, à l’écart de tout lieu habité, en bordure de rivière, là où l’ancien cours de la Sensée marque un coude correspondant à l’angle d’une parcelle de 40m sur 30, tracée dès 1398, ‘vente d’une maison nommée le Marlière’, et en 1533 où il est fait allusion au ‘fief Marlière, une maison estables fossez allenthour, près bois gisant entre Wasnes et Féchain…au maret que l’on dist le petit maret..

Aux confins d’Aubigny et de Fressies, dans les marais, le long d’un méandre devenu un étang de nos jours, et du chemin qui desservait jadis le bac vers Fressies, à la limite des lieux dits ‘marais de Féchain’ et ‘marais du bac’, une plate forme quadrangulaire de 35m sur 40 trahit la présence d’une autre propriété ancienne mentionnée en 1612, le ‘fief des maretz tenant à l’écluse du bacq à Fressies

Les Marais

Profonds par endroit de 6 mètres, les marais couvrent une superficie de 53 hectares.

Comme beaucoup d’autres dans la région, ils se sont formés à la suite de l’extraction de la tourbe (voir la tourbe à Brunémont), jusqu’après la seconde guerre mondiale.

Très poissonneux au siècle dernier, ils abritaient gardons, brèmes, tanches, perches et brochets, tandis que carpes et sandres furent introduits plus récemment, et nourrissaient plusieurs de nos villageois.

D’ailleurs, Anselme II de Bouchain y fera installer 2 viviers en 1096, pour la commodité d’avoir du poisson toujours frais.

Bugnicourt a du suivre cet exemple puisque l’on y a trouvé les traces d’un ancien vivier, et une rue du village porte encore le nom de ‘Rue des Chasse Marée’ (voir à Bugnicourt).

Le poisson était soit consommé sur place, soit vendu sur le marché d’Aniche, ou encore proposés aux estaminets locaux qui se transformaient en restaurant le dimanche, et on venait même de Lille, Roubaix, Tourcoing, Douai, Cambrai etc.., pour déguster à Féchain les fameuses fritures de poisson frais.

Les marais ont toujours joué un rôle économique important dans la vie de la population, par la tourbe, le bois, les joncs, le rouissage du lin (voir plus loin), la pêche et la chasse.

Un autre avantage de ces lieux privilégiés et non des moindre, était le calme recherché par les promeneurs en famille, et le côté sauvage de cet environnement remarquable qui allait inspirer Ernest Cavro, l’entomologiste, présenté plus loin.

L’église

Dédiée à Saint Vaast, l’église fut édifiée vers l’an 1400.

Une gouache des albums de Croÿ (ci-dessus) la montre telle qu’elle était orientée, d’est en ouest, perpendiculairement à la route, couverte d’un seul toit énorme refait en 1758, elle reposait sur des murailles basses et épaisses, en briques ordinaires, sur six larges piliers dont seule la base était en pierre.

Le chœur en hémicycle, long de 9m et large de 5, était moins élevé que la nef principale, quatre contreforts de briques soutenaient ses murs.

D’un côté se trouvait une petite sacristie et de l’autre, la chapelle dite du château, réservée à son personnel avant la Révolution.

Du côté opposé au chœur s’élevait une tour carrée, maintenue par des piliers aux quatre coins, le tour du portail de pierre formant légèrement saillie surmonté d’une seule fenêtre cintrée.

Les abats son mesuraient 3m de hauteur sur 2 de large, la tour comptait 25 mètres environ, et était coiffée d’une flèche d’égale hauteur, érigée en 1772.

L’église était éclairée naturellement par 7 fenêtres cintrées d’inégales dimensions, et le chœur disposait de deux autres encore plus grandes, tandis que la chapelle du château recevait la lumière par une petite ouverture à ogive en verre peint.

Une charpente recouverte de feuilles de chêne peintes en blanc et en bleu dans le chœur constituait la voûte de l’édifice.

Elle était traversée par trois énormes sommiers de bois à hauteur des murailles et, à l’extrémité des arcs, on pouvait apercevoir des têtes sculptées, 12 dans la nef principale, plus 3 plus grandes dans chacune des nefs latérales.

Comme beaucoup d’autres à l’époque, l’église était entourée d’un cimetière, abandonné vers 1885 au profit du nouveau, au chemin de Marcq.

Elle ne possédait qu’une seule cloche de 475kg et portait l’inscription ‘1530, Messire Anthoisne Drouhot chevalier, Seigneur de Féchain, gouverneur de ville et Châtellenie de Bouchain, nommée suis Marie, Iacques Perdry m’a fait à Valenciennes an 1663’.

Cette très ancienne et très belle église, vieille de cinq cents ans, partit pourtant en fumée dans la nuit du 24 au 25 juin 1900, et il ne suffit que d’un seul coup de foudre pour qu’elle se transforma rapidement en une immense torche alimentée par les nombreuses boiseries utilisées à l’époque.

Le curé, aidé de son chantre, parvint cependant à sauver le Saint Sacrement et les chandeliers historiques en bois sculptés plaqués d’argent, aujourd’hui présentés au musée de Lille.

Bien entendu, un village sans église est un peu comme un corps sans âme, et nos villageois, sous l’impulsion de son nouveau curé, l’abbé Louis Bailleux entreprit avec le maire Alphonse Villette, sa reconstruction en 1902.

Pendant les travaux, les offices se déroulèrent dans la salle du patronage.

70000 Francs furent recueillis pour la construction de la nouvelle qui, cette fois, serait orientée nord-sud.

Le 7 août une nouvelle cloche de 1112kg reprit place dans le clocher, elle portait l’inscription ‘j’ai été refondue avec les débris de l’ancienne, brisée dans l’incendie…

Enfin, le 28 août 1904, tout était prêt pour la bénédiction d e l’édifice par l’archevêque de Cambrai.

La première guerre mondiale avec son cortège de destructions, ne l’épargna malheureusement pas et elle fut une nouvelle fois détruite en grande partie.

Le 21 février 1917, l’autorité allemande réquisitionna la cloche, arracha l’auvent du clocher, et précipita la cloche en présence de centaines de villageois profondément impressionnés.

Elle se brisa au sol en cinq morceaux, vous pouvez encore remarquer ces stigmates sur les pierres de l’escalier qui mène au portail.

La nouvelle fut fondue avec les quelques débris ramassés par les paroissiens, et fut baptisée en 1923.

Elle apprit à rire (à toute volée), à pleurer (le glas), et aussi à chanter (le carillon, en 1990).

L’église fut restaurée en 1954, à l’occasion de la grotte qui lui fut adossée, et ensuite en 1992, pour éviter que la charpente du clocher ne s’effondre, vu l’état de délabrement des poutres, du aux intempéries et aux oiseaux.

1 an plus tard, le samedi 4 décembre, c’est un incendie cette fois, provoqué par un court circuit, qui causa de gros dégâts dans la chaufferie surtout, obligeant la célébration des offices dans la salle des fêtes, jusqu’à Pâques 1994.


Né vers l’an 450, originaire du Périgord, Vaast ou Gaston, hôte en dialecte germain, appartenait au clergé de Toul lorsqu'il se vit confier la charge de préparer Clovis au baptême.

On raconte que, passant par Toul après sa victoire à Tolbiac, Clovis se serait enquit d'un prêtre capable de l'instruire rapidement des vérités de la foi. C'était la réalisation du vœu qu'il avait fait de se convertir au Dieu de Clotilde, son épouse, s'il gagnait la bataille.

Vaast l'accompagna à Reims et le prépara au baptême.

Saint Rémi ayant eu l'occasion d'apprécier le catéchiste du roi, lui conféra l'épiscopat et l' envoya aux Églises d'Arras et de Cambrai dévastées par les invasions.

Près de l'abbaye trappistine de Belval dans la région de Saint-Pol-sur-Ternoise, à l'entrée de l'église de Troisvaux, un bas relief représente un évêque avec, à ses pieds, un ours bien docile. Il s'agit d'une légende magnifique qui résume sous forme imagée et symbolique une réalité importante: la croix qui fait reculer et adoucir le barbare.

Nous sommes en l'an 500, Vaast moine retiré dans la région de Toul, avait été choisi par le roi pour lui expliquer la religion chrétienne dans laquelle il décida d'entrer.

Il sera nommé évêque d'Arras.

Autrefois la région fut évangélisée, maintenant l'église est abandonnée des hommes, elle est envahie par les animaux.

Vaast rencontre un ours dans les ruines; il commande à cet animal de ne pas lui faire de mal, et de bien vouloir laisser la place aux croyants.

A Arras, comme en Champagne, le nouvel évêque guérit aveugles et boiteux. Il apporte l'espérance chrétienne à toute une population qui devient capable de voir la vérité et de marcher dans la foi.

En quarante ans de présence, Vaast évangélisera son diocèse.

Il meurt le 6 février 539, et sera enterré à Notre Dame d’Arras. 128 ans après, son corps fut transporté dans une chapelle du célèbre monastère de St Vaast, devenu cathédrale.

Saint Vaast est aussi le patron de l'Église dédiée à d'Arras, et 73 paroisses comme celle de Troisvaux ou de Féchain, portent son nom.

Chapelle Saint Roch

Communale, cette chapelle est implantée au croisement de la route principale, la D148, et de la rue de l’Égalité, vers le cimetière.

La chapelle est très ancienne, un plan de Féchain indique sa présence en 1690, confirmée d’ailleurs au XVIIIè par deux autres plans, à l’extrémité de la Seigneurie de Féchain.


Elle dût disparaître aussi à la Révolution, le cadastre de 1812 ne la reprend plus, mais sa mémoire perdura puisque la rue s’appelait alors ‘rue de la chapelle Saint Roch’.

On la retrouve au même emplacement en 1865, sûrement reconstruite au milieu du XIXè, à cause de l’épidémie de choléra.

14-18 ne la ménagera pas non plus, et elle sera relevée en 1924-25, en même temps que la chapelle de l’Ermitage présentée ci-dessous.

La statue de Saint Roch fut dérobée en 1982.

La procession du Saint Sacrement consistait à faire le tour des chapelles du village, on partait de l’église, puis sainte Marie, la ferme Dessery, et on remontait la rue Pierre Bochu jusqu’au reposoir de Maria Rocquet. Le cortège repartait ensuite jusqu’à saint Roch par la ruelle ‘des processions’. Après une seconde pause dans la cour de Mr F. Leclercq, rue des Frères Martel, le cortège regagnait l’église par la rue Chantreau.

Celle de l’Assomption permettait aux fidèles de se rendre à la chapelle de l’Ermitage. Sur les portes, des gerbes de blé étaient disposées et des draps portaient l’inscription ‘Bienvenue à la Vierge Marie’.

Voir le culte de Saint Roch à Goeulzin.

Chapelle Sainte Anne (de l’Ermitage)

Aux confins d’Aubigny au Bac mais sur le territoire de Féchain, en bordure de la D148, cette chapelle communale est isolée tout à côté des marais.

Deux grands tilleuls ajoutent au décor végétal naturel du site.

Elle est connue localement sous le nom de chapelle de l’Ermitage, du nom d’un lieu-dit qui garde le souvenir d’anachorètes, ermites vivant à proximité, disparus de nos jours.

L’absence de traces écrites rend impossible la datation de l’édifice probablement très ancien d’ailleurs.

Autrefois, elle était dédiée à Notre Dame des Fontaines, une source devait jaillir à cet endroit, et on sait que l’Église christianisa certaines sources dès lors qu’un ermite vivait dans le voisinage.

C’est au cours du XVIIè ou XVIIIè qu’elle fut placée sous le patronage de sainte Anne.

L’édifice fut reconstruit en 1924-25, en même temps que saint Roch, les similitudes sont du reste assez nombreuses.

Un tableau de Ch.Bigarne, peint en 1868, représente la chapelle sainte Anne. Au premier plan de la toile on pouvait distinguer la Pierre au Beurre, détruite en 14-18.

Sa forme effilée et la régularité de ses faces laissent à penser qu’il s’agissait plus d’une borne que d’un mégalithe, et cette pierre indatable contribua largement à alimenter l’imagination populaire.

Elle était appelée ‘la pierre Tonnante’ et depuis sa disparition, c’est la chapelle sainte Anne qui hérita du pouvoir d’éloigner les orages.

L’ancienne statue de sainte Anne avait été cachée à la Révolution par Mr Bauvin, et c’est l’un de ses descendants, Mr François Delille, qui la restitua en 1847 à l’abbé Chaland, curé de la paroisse.

Pendant la guerre 14-18, la statue fut conservée cette fois par Mr Villette-Rennuite.

Cette effigie, vraisemblablement une œuvre du XVIIè, fut dérobée en même temps que saint Roch, en 1982.

La même année, elle fut remplacée par une représentation de sainte Anne enseignant à Marie, et bénie par l’abbé Pierre Devos de Cambrai.

Les processions des rogations étaient organisées pour attirer la protection divine sur les récoltes et le bétail. Sur la fin, elles n’étaient plus suivies que par quelques dames âgées, ce qui leur a valu le nom de ‘processions des grands mères’.

Voir le culte de Sainte Anne à Roucourt.

Chapelle Sainte Marie

Vers Fressain, au centre du village, cette chapelle privée est érigée à côté du portail de la ferme Dessery, rue Pierre Bochu.

En 1840, elle était dédiée à Notre Dame de Bonsecours, mais elle tomba en ruines.

C’est François André Delille, en 1850, arrière grand père du propriétaire actuel qui la réédifia.

A l’époque, une femme de Féchain, sorcière du village, jetait un sort à chaque fois qu’elle entrait dans la cour de la ferme et, le soir, une bête mourait.

Pour empêcher toute épidémie et aussi pour conjurer ces mauvais sorts, les Delille firent construire cette chapelle et y placèrent une belle statue.

Elle fut bénie par l’abbé Héroguez, doyen de Saint Pierre à Douai, le 27 octobre 1850.

A l’origine dévolue à Ste Marie, elle fut désormais consacrée à Marie, et appelée chapelle de la Vierge.

A l’intérieur, l’autel en bois peint bleu ciel repose sur estrade, et accueille la statue dans une niche.

De belle facture, la Vierge est dotée des attributs du souverain, sceptre et couronne.

Elle porte l’Enfant sur le bras gauche, qui tient dans la main le globe crucifère, symbole du christianisme universel ; de la droite, il donne la bénédiction.

Comme l’Enfant, la Vierge est vêtue d’une robe blanche, symbole de pureté et de virginité, et chausse des sandales.

Ses autres attributs sont dorés pour affirmer son essence royale selon une iconographie du XVIIè.

Ainsi présentée, elle incarne l’idée de la royauté du Christ et de Marie, et s’apparente au culte de Notre Dame des Victoires, dévotion à laquelle elle devait être liée.

L’inquiétude est grande en Occident, en 1529, car les Turcs sont maîtres de la Méditerranée, et l’Italie et l’Espagne sont directement menacées.

Pie V parvient à former une coalition animée par l’esprit de croisade.

L’armada chrétienne, forte de 203 navires et 65000 hommes, affronta la redoutable flotte turque équipée de 290 navires et 85000 hommes, le 7 octobre à Lépante, au détroit de Corinthe.

Miraculeusement, le vent violent, qui gênait les manœuvres de la Ligue Sainte, tomba dans l’après midi, et permit aux chrétiens d’écraser leurs adversaires.

Cette victoire inespérée de la chrétienté permit de balayer le péril islamique et fut interprété comme un miracle attribué à la Vierge et, en gratitude, le pape instaura la fête de Notre Dame de la Victoire le 7 octobre, jour anniversaire de la bataille.

Cependant, cette dévotion à Marie est plus ancienne, déjà au VIè, les empereurs byzantins emportaient dans leurs expéditions guerrières une image de la Madone, Nikopeia, dispensatrice de la victoire et d’ailleurs St Louis, une trentaine d’années après la victoire de Bouvines en 1214, fonda l’abbaye de la Victoire, à Senlis, pour commémorer l’événement.

Tous les rois et reines de France y sont venus en pèlerinage pour célébrer les victoires françaises et, plus récemment, d’autres généraux illustres, tels Foch, Montgoméry et Patton.

Ainsi fut invoquée la Vierge nicéphore à chaque conflit armé, mais on la priait aussi pour le retour des soldats partis à la guerre.

Le culte rendu à Notre Dame des Victoires s’est répandu en France après qu’un curé parisien eut fondé, en 1836, une archiconfrérie qui lui était consacrée.

Grotte Notre Dame de Lourdes

Accolée au côté gauche de l’église, au centre du village, la grotte est située dans un petit square planté.

Elle fut construite en 1954 et inaugurée le 2 mai par l’archevêque de Cambrai.

Des moellons bruts de grès mamelonnés, originaires des carrières de sable de la région, lui servirent de matériau, u n fragment de roche provenant de la grotte de Massabielle y fut incorporé.

La Vierge, dans sa niche perchée à 2m40 du sol, porte une auréole sur laquelle on peut lire ‘Je suis l’Immaculée Conception’.

Une dizaine de mètres devant la grotte, Bernadette est agenouillée et regarde la Vierge.

Voir le culte de Notre Dame de Lourdes à Marcq en Ostrevent.

Irma Sablon, la Doyenne

On vit longtemps à Féchain, très longtemps même, et cette spécificité est vraisemblablement due à l’environnement marécageux tout proche, qui doit sûrement dégager certaines substances inconnues qui ont cette faculté de prolonger notre existence.

Irma, Aglaé, Odile, née le 15 avril 1842 à Bernerain dans le Cambrésis, était issue d’une famille noble remontant au 16ème.

Toute petite déjà, elle se sent dévorée par la passion de l’enseignement, et étudiera le soir à la lueur d’une simple chandelle de suif.

Contre la volonté de son père, elle parviendra néanmoins, avec la complicité de son instituteur, à entrer à l’école normale d’institutrices.

Le poste de Féchain n’intéressait personne et l’inspecteur de l’académie finit par le proposer à Irma Sablon, qui l’accepta à la condition de n’y rester qu’une seule année.

Elle y restera 85 ans !

Napoléon III était empereur des français quand elle fut nommée au village, à vingt ans, le 1er octobre 1864.

Trois générations d’élèves, 35 promotions de petites filles, ont usé leurs fonds de culotte sur les bancs de l’école, Irma faisait même travailler les enfants le dimanche matin.

Elle leur apprenait aussi la couture, le tricot à quatre aiguilles, et à repriser les chaussettes, avec celles de son mari !

Irma a toujours gardé bon pied, bon œil, un solide estomac, et une mémoire exceptionnelle. Elle se souvenait très bien de cet inspecteur venu à pied de Douai la surprendre en train d’exercer, de la guerre de 1870, de celle de 14-18, l’évacuation en chariot sur Avignon et à Mers les Bains, son village et son école détruits par les bombardements.

Quand vint la seconde guerre mondiale, elle refusa tout net de quitter le village et resta chez elle, non mais !

Quand on lui demandait quel gouvernement elle préférait, elle répondait,’Croyez-moi, Empire ou République, c’est comme la mode, du pareil au même ! Mais soyons sérieuse, la IVème République m’a décorée de la Légion d’Honneur !

Au cours d’un siècle, une seule maladie, une congestion pulmonaire en hiver 32, mais la Sécu n’existait pas encore.

A ses 107 ans, Irma, 37 années d’enseignement, 49 années à la retraite, chevalier de la Légion d’Honneur et Officier de l’Instruction Publique, fut tout simplement…la doyenne des français.

A Féchain, Irma demeurait au 40 de la rue Hosselet.

Elle nous quittera, le 20 décembre 1949, dans sa 108ème année, l’école du village, inaugurée le 9 mai 1982, lui rendra hommage en portant son nom.

Ernest Cavro, le butineur de papillons dévoré par…les papillons !

Viens avec moi, tu verras comme c’est amusant !’ lui dit un jour l’adjoint de son père qui préparait des examens sur l’étude des insectes.

A 10 ans, Ernest allait découvrir une passion qu’il n’abandonnera plus, l’entomologie, la science des papillons.

Né à Lécluse le 23 juin 1880, il passera toute son enfance à Bourghelles, près de Cysoing. A 15 ans, il élevait déjà des insectes nuisibles dans une cabane au fond du jardin et étudiait leurs métamorphoses.

A l’époque, il était émerveillé et collectionnait tout ce qui avait 6 pattes, soit plus d’une centaine d’espèces.

Il entra à l’école Normale de Douai, promotion 1896-1899 et se destina à l’enseignement, comme son père, emporté par la maladie deux ans plus tard.

Nommé à Monchecourt, il n’y restera cependant que 2 semaines avant d’enseigner à Roubaix, jusqu’à sa retraite en 1934.

C’est aussi à Roubaix qu’il fit connaissance avec Yvonne Martin, professeur de sciences naturelles, future collaboratrice qu’il épousa en 1921.

Avant la grande guerre, il venait souvent à Féchain, rendre visite à sa tante Irma Sablon (voir ci-dessus).

Ernest pressera un premier ouvrage en 1909 sur les hyménoptères du Nord, ordre d’insectes caractérisé par quatre ailes membraneuses transparentes, inégales, et comprenant notamment les abeilles, guêpes, fourmis, etc…, à la demande du professeur Malaquin, directeur du musée d’Histoire Naturelle de Lille.

En 1925, il fera don au musée d’une très importante collection de ces insectes.

Conservateur à l’école nationale supérieure des arts et industries textiles de Roubaix de 1907 à 1940, il réorganisera complètement ce musée, fort de nombreuses sections telles que peinture, sculpture, arts décoratifs, tissus, numismatique, préhistoire, oiseaux, et y ajoutera la géologie, minéralogie, et bien sûr, l’entomologie.

De nombreuses décorations dont la médaille des palmes académiques en 1927 et celle de chevalier de l’ordre national du mérite en 1966, parsèmeront sa carrière.

C’est à l’occasion de la retraite qu’il viendra s’installer à Féchain avec son épouse, rue d’Aubigny.

Malicieux, d’une très grande connaissance dans de multiples domaines, il avait encore une mémoire étonnante et conservait un esprit très lucide à 93 ans.

Il s’intéressa à d’autres ordres d’insectes, telles les libellules, coléoptères, lépidoptères et avait rassemblé pas moins de 800 oiseaux naturalisés.

Il s’était aussi passionné des grands insectes exotiques de la faune tropicale, et posséda non seulement le plus petit, mais aussi le plus grand papillon du monde.

En fin de carrière, Ernest Cavro disposait de plus de 15000 insectes qu’il confia au muséum de Paris, donna d’autres insectes et oiseaux à celui de Douai, ses ouvrages à la bibliothèque d’Annappes (Villeneuve d’Ascq aujourd’hui).

En relation avec des entomologistes du monde entier, Ernest était aussi resté le simple pédagogue fervent convaincu de la formation des jeunes qu’il recevait chez lui, et conseillait toujours les débutants.

Grand amateur de photographies, le village lui doit aussi ses premières photos des marais et villageois du début de siècle.

Très marqué par la disparition de son épouse Yvonne décédée en 1968, il écrira dans un bulletin de la société des entomologistes ‘cette disparition met fin à notre union scientifique de 47 années. Pour mon grand age, c’est un choc difficile à supporter, j’essaierai de continuer à remplir mon rôle parfois ingrat au mieux des intérêts de tous, dans ma solitude’.

Quatre ans plus tard, le 29 avril 1972, Ernest Cavro rejoindra Yvonne, à l’age de 93 ans. Il était considéré par ses concitoyens et les journalistes, comme le Fabre du Nord.

Le Lin

Activité multi séculaire, la culture et la préparation du lin représentaient une autre ressource économique typique de la région.

En 1864, on dénombrait pas moins de 70 marchands de lin dans le village, qui employaient environ 200 travailleurs.

Originaire du Caucase, il fut domestiqué très tôt par les égyptiens, qui l’utilisaient pour tisser des bandelettes employées pour la momification de leurs souverains pharaons, ainsi que de leurs animaux domestiques.

Les romains la répandirent ensuite dans tout l’Empire, et elle se développa en Europe Septentrionale au Moyen age.

Colbert, au 17ème, créa les premières grandes industries de transformation.

Semée entre le 15 mars et le 5 avril, la plante lève au bout de 10 à 15 jours, fleurit en juin, de jolies fleurs aux pétales bleus, et mûrit 1 mois après.

Quand un orage survient, elle se couche, et un dicton affirme même qu’elle peut se relever 7 fois.

Avant la mécanisation des récoltes, elle était simplement arrachée à la main, en juillet.

Une fois arraché, le lin était dressé sur place en moyette pour séchage, et emmené ensuite à la ferme pour y être battu avec l’outil, le battoir en bois, pour séparer la fibre de la graine, broyée et pressée pour en tirer l’huile d’une part, et le tourteau d’autre part, pour l’alimentation du bétail.

Les fibres seront ensuite reliées en bottes, préparées pour le rouissage.

Le rouissage consistait à provoquer dans l’eau la disparition des substances pectiques, matières résineuses, qui agglutinent les fibres textiles du lin.

Féchain avait adopté la méthode du rouissage dans les routoirs à eau dormante, en ballons, les marais se prêtaient mieux à cette méthode que celle pratiquée dans la lys, en eau courante.

Au bout d’une quinzaine de jours, lorsque les fibres se détachent facilement sur plus de 10cm, les bottes étaient récupérées et mises à sécher en plein vent.

Une autre manière de rouir le lin consistait à coucher le lin en rangées appelées andains sur un pré, et le paysan le retournait simplement. Il rouira progressivement sous l’action de la pluie, du soleil et du vent. De nos jours, le rouissage sur champ est devenu le mode le plus utilisé.

Les fibres du lin seront ensuite égrugées (réduire en poudre), teillées (séparer les fibres des parties ligneuses), peignées, puis filées, avant d’être tissées.

Jusqu’au début du XXème siècle, le tissage se faisait surtout à la ferme, c’est sous Napoléon 1er qu’apparaîtra le premier métier à tisser.

En 1943, une petite unité de teillage du lin fut fondée à côté, à Fressain, elle emploiera une cinquantaine d’ouvriers.

Les moulins

Il faut remonter vers la fin du 2ème siècle avant JC pour voir les premiers moulins à eau, une roue à aubes horizontale actionnait un axe vertical qui entraînait la meule.

Vers l’an 800, les moulins à eau se développent tandis qu’il faudra attendre les années 1200 pour les moulins à vent.

De tous temps, les seigneurs se réservaient le droit d’en autoriser la construction, et imposaient le droit d’eau et de vent.

Le premier moulin du village fut édifié en 1696 sur la Sensée par Louis Blondel, sire du Barlet, et vécut jusqu’en 1849.

Le moulin à vent au lieu dit ‘la fosse Monchecourt’ fut probablement détruit par la terrible tempête de mars 1876, il fut remplacé par le moulin venant d’Aubigny (voir à Aubigny), qui résista jusqu’à la guerre 14-18 où il fut détruit par l’ennemi, devenu point de repère de l’artillerie française.

Un second moulin à vent est mentionné au lieu dit ‘le terrage’ sur le chemin de Féchain, Wasnes et Marcq, il fut détruit vers 1860.

Sur d’anciens plans de Féchain, on retrouve un ‘sentier des meuniers’ de la rue du cimetière vers le ‘sentier des pauvres’.

Le ‘Rouleauttage’ et les ‘Jours faits mains’

C’est vers le 18ème siècle, avec l’arrivée du tabac à priser que le mouchoir, ce petit bout de tissu, prendra de plus en plus d’importance.

Féchain était un village réputé pour son savoir faire et sa très grande qualité de confection des mouchoirs roulottés, ainsi que celle des jours faits mains.

La Batiste, du nom de son inventeur cambrésien au 13ème, et le linon, du lin, extrême finesse des fils, destiné à la lingerie fine et délicate, étaient choisis pour la confection du rouleauttage, dont il nous faut remonter vers 1850 pour en retrouver les origines.

La rouleautteuse, travailleuse à domicile, confectionne d’abord un bandeau de tissu replié qu’elle noue sur son genou, et fixe le mouchoir sur ce bandeau avec une épingle, déplacée au fur et à mesure de l’avancée de l’ourlet.

Le bord du tissu doit être tendu et roulé entre le pouce et l’index, et l’ourlet cousu avec du fil à mouchoir ou à gant, par petits points réguliers et discrets.

Ce savoir faire se transmettait de génération en génération, souvent de mère en fille, de grand’mère à petite fille, et parfois de tante à nièce.

Vers 1870, les enfants de moins de dix ans devaient roulotter des mouchoirs avant même d’aller à l’école.

Le mouchoir rouleautté est devenu un produit de luxe et, entre autres, le très chic restaurant parisien Chez Maxim’s commandait ces mouchoirs à Féchain sur lesquels étaient brodés des menus.

Après la seconde guerre mondiale, le rouleauttage se diversifiera vers le foulard, le voile, et le jabot.

Les années 1970-1975 annonceront le déclin de cette activité, dont il reste cependant encore quelques artisans de nos jours.

Le travail des Jours faits mains est d’origine plus récente, début 20ème, il travaille les mouchoirs mais aussi les pochettes, draps, taies, services de table, corsages, chemisiers, jupons, chemises de nuit, parures, berceaux, bavoirs, nappes d’autel…

Tout le monde ne pouvait pas faire des jours.

C’est un travail qui demandait beaucoup de compétences, une très grande technique, un sens artistique dans la disposition des jours sur la pièce de tissu à ajourer, du soin, et de très bons yeux.

Il consiste à enlever des fils, défilender, comme on disait, pour créer des jours simples, des jours en croix, des doubles jours, jours échelles, Venise, grille simple, grille dentelle, épi carré, pavé, ou avec application de tissu.

Cette activité fut importante au village, et plusieurs entreprises familiales de travail jours faits main occupaient chacune 20 à 30 ouvrières.

De grandes signatures commandaient régulièrement ces réalisations artistiques, telles Christian Dior, pour la haute couture, ou Hermès, pour la décoration de ses produits, ou plus ponctuellement comme la Cour d’Angleterre et de Roumanie, le Vatican, le paquebot ‘Normandie’, l’Elysée et la Maison Blanche, etc…

La réputation du village dépassa nos frontières.

De nos jours, il reste encore une entreprise en activité qui perpétue cette tradition locale, l’entreprise de Madame Hette Lukowiak, qui fournit toujours Christian Dior et d’autres, et emploie encore une dizaine de personnes au village.

Les briqueteries

Il y a plus de 2000 ans que l’homme utilise la brique dans ses constructions, son histoire est étroitement liée à celle des civilisations.

A ses tout débuts, la brique était simplement séchée au soleil, puis cuite, c’est sous cette forme qu’elle apparaîtra 2500 ans avant JC, en Mésopotamie, en Egypte, et plus tard en Chine. Ce sont les romains qui l’introduisirent chez nous.

Elle fut abandonnée après cette époque, remplacée par le gré, et ne réapparaîtra qu’au Moyen Age, sous l’influence des Flamands et des Scandinaves.

A Féchain, on trouve trace de la fabrication de briques, au chemin de la briquèterie dans un document datant de 1689.

Pour faire une brique, il faut de l’argile, de l’eau, une presse à mouler deux à quatre briques, du sable fin pour garnir les moules, évitant à l’argile de coller, des paillassons de paille pour le séchage, du bois ou charbon pour la cuisson.

Souvent, on fabriquait les briques à l’emplacement où devait se construire la maison, pour peu que l’argile soit abondant à cet endroit.

Fête locale

Milieu du 19ème on trouve trace d’une fête, le premier dimanche qui suit le 8 septembre, et une autre, le premier dimanche d’octobre.

C’est en 1898 que celle d’octobre sera déplacée au premier dimanche d’avril.

Nouveau changement en 1901, la fête se fera le dimanche et lundi de Pâques jusqu’en 1907, pour être enfin reportée au troisième dimanche de mai, toujours en vigueur de nos jours, avec celle de septembre.

La première grande ‘Foire à l’Oignon’ remonte en 1985, elle accueillit plus de 30000 visiteurs venant découvrir la foire et déguster la fameuse soupe à l’oignon. C’est la période de récolte qui fixa sa date, seconde moitié d’août.

Les festivités commencent dès le samedi avec les attractions foraines, et une grande soirée de gala qui couronne la reine de l’oignon.

Le dimanche accueille une braderie monstre, marché aux puces, et aux fleurs, tandis que l’après midi est réservée aux animations de rue, médiévales, traction d’autocar, orchestre,…

Géant – Andy, un géant pas comme les autres

2003, l’année européenne des personnes handicapées, fut l’occasion pour Féchain d’inaugurer Andy, géant un peu particulier, le premier d’Europe, créé par la volonté de ses ‘parents’ adoptifs Mr et Mme Désenfant.

Andy est de nulle part et de partout, il symbolise l’intégration du handicap dans le monde moderne, et peut participer à toutes les manifestations organisées au profit des associations de personnes touchées dans leur intégrité physique, sensorielle, ou psychique.

Si les géants traditionnels se distinguent plutôt par un aspect sévère, parfois effrayant, Andy attire la sympathie par sa gentillesse et sa joie de vivre, et force les autres à porter une autre perception de sa condition.

Sa ‘maman’ assure ‘Je fais maintenant confiance en mon fils, le suis sûre qu’il saura rappeler partout que les handicapés ont leur place dans notre société en enrichissant les autres de leurs différences’.