Résurgences Senséennes

Accueil

Erchin

Origine La Borne grand'père Historique Armoiries Spécificité
La malédiction de Ste Aldegonde La Redoute Légende L'Eglise Le Calvaire
La chapelle ND des Victoires La chapelle St Liévin La chapelle Ste Philomène La grotte ND Lourdes Histoire de PdT
Chanson La Foire à la Gaufre La guerliche

Origine du village

Des silex taillés et polis et autres minéraux ont été retrouvés sur le terroir d’Erchin, attestant la période néolithique, ainsi que des outils utilisés pour la chasse, pour l’habillement, et au travail des poteries.

Les premiers habitants plus ‘civilisés’ sont des gaulois d’origine Celte, puis les Atrébates germaniques, 200 ans avant JC, tandis que les romains envahirent la région de 50 ans avant JC, jusque 300 ans après.

Des débris de poteries et des pièces romaines furent découverts en bordure du terroir, près du territoire de Lewarde.

Nom d’origine germanique, Erscheim, d’où Ers préfixe un nom d’homme, tandis que Heim ou chin est la demeure, l’habitation, l’enclos.

Erchin s’écrira aussi Herchin en 1202, Ierchin en 1270, Yerchin en 1406, et tel qu’on le connaît aujourd’hui depuis 1469, prenant le dessus sur Erchain.

Mégalithe : la Borne Grand père

Sur la route de Villers au Tertre, elle sert de la limite à Erchin et Villers, au niveau du bas côté des bâtiments d’élevage avicole, vous découvrirez cette pierre posée là depuis le néolithique. Auparavant, en 1812, on l’appelait ‘la grise borne’, elle mesurait 1m30.

Il s’agit en fait d’un ‘petit’ menhir, appelé aujourd’hui la Borne Grand Père et, comme tout mégalithe de cette période, elle possède aussi sa légende.

Elle raconte que ‘si vous vous endormez à son chevet par une belle nuit de lune rousse (toutes les 4 pleines lunes), un Louis d’or serré dans le creux de la main droite, vous vous réveillez riche dès le lendemain’. Mais çà n’est sans doute qu’une belle légende…

De nos jours elle accuse 1m08, cassée, d’après les dires des anciens.

En 1782, la borne, qui ne porte pas d’inscription, devait servir de délimiteur ‘FW/BH’ entre le ‘Cabot’ et ‘l’Ermitage’ (voir aussi à Bugnicourt).

Historique

Au IVème siècle, les Francs s’établissent sur les rives de l’Escaut et de la Sensée (Francs Saliens) et, en 445, Clodion soumit toute la contrée.

Saint Waast, au VIème, évêque d’Arras, administrait toute la région.

Vers 630, naissance de Ste Aldegonde, fille de Walbert IV comte de Hainaut, au château de Cousolre, patronne d’Erchin, elle fonde en 661, à Maubeuge, un monastère qui sera transformé au 10ème en chapitre (assemblée tenue par des chanoines ou religieux) de demoiselles très nobles et très riches. Les chanoinesses étaient d’ailleurs fort libérales et bienfaisantes, et étaient libres de quitter le couvent pour contracter mariage.

Dans son testament de 663, l’abbesse mentionne la ferme d’Erchin parmi les nombreuses possessions héritées de ses parents, famille noble de Genech, qu’elle lègue à ses religieuses, évêques et abbés du monastère de Maubeuge : ‘Quant aux possessions qui me revenaient de mes père et mère, par droit d’hérédité, je les ai données pour l’usage des servantes à Dieu en ce lieu…dans l’Ostrevant, le village d’Erchin, avec l’église et ses appendances, de même aussi le village qui est dit Guesnain.

Le chapitre des chanoinesses de Maubeuge avait à Erchin des biens considérables et possédait tous les droits seigneuriaux s’y rapportant. C’est ainsi qu’Erchin, avec Douai (saint Amé) et Guesnain, est une des rares localités du Douaisis où l’existence d’une église est signalée dès le milieu du VIIè.

La ferme des Dames de Maubeuge à Erchin, encore appelée ferme de ste Aldegonde, ou la grosse ferme a traversé les siècles. Remaniée maintes fois, elle existe encore de nos jours dans la rue montante qui mène à Roucourt.

Voir plus loin, rubrique ‘La grosse ferme d’Erchin’.

En 717, tous les pays voisins de la Scarpe et de l’Escaut tombent entre les mains des Austrasiens. Après le partage de 870, le territoire formant le Pagus Ostrebanti, plus tard l’Ostrevant, fut réuni à la France.

Erchin fit partie de la seigneurie de Bouchain en 1160 sous Bauduin IV.

En 1202 le comte de Haynaut décide la construction du moulin à vent, sous la condition ‘que l’occupateur de la maison de Herchin pourra moudre tout ce qui sera nécessaire, pour nourrir sa famille sans payer mouture’. Une rue porte encore le nom de ‘Rue du Moulin’, auparavant elle s’appelait même la ‘Rue du Moulin Brûlé’.

En 1365, on dénombre 26 feux (foyers), environ 130 habitants.

C’est en 1427 que le Hainaut devint possession de la Maison de Bourgogne et des Pays Bas Espagnols en 1529, tandis que Louis XIV reprenait Bouchain et Valenciennes en 1676, Erchin devint française.

D e 1709 à 1712, suite à la guerre, tous les arbres sont coupés. Les armées françaises et ennemies campent successivement entre ce village et Lewarde, les bois étaient nécessaires à l’érection de palissades destinées à la défense des places, Lille, Douai, et Bouchain.

Les mémoires de l’ingénieur Masse du 18 février 1727, relatives à la carte des environs de Douai, citent : ‘Erchin, c’est un village situé à l’Est de la chaîne de montagnes de Visimont (Visimont est une appellation rare trouvé uniquement dans cet écrit, le terme Monts St Rémi étant le plus fréquent) qui continue depuis Pecquencourt et Lewarde jusques vers le canal du Moulinet. On descend de cette chaîne par une ravine profonde quand on vient de Douay en ce village. Le sommet de ces montagnes est rempli de carrières où l’on tire du grais. L’église est située à mi coste de cette hauteur. Les chanoinesses de Maubeuge en sont Dames et y ont une fort grosse ferme. Le village est tout à fait dégarni d’arbres, ayant été coupés pendant la guerre, en 1709, et jusqu’en 1712. Ce lieu a esté détruit ainsy que les villages des environs, et assé rétablis en 1713. On y compte 33 feux. Les armées de France, ainsy que celles des alliez ont campé entre ce village et celuy de L’Warde’.

Ces descriptions confirment bien les ravages opérés dans nos villages, de 1709 à 1712 par les armées des deux camps, l’un des conflits les plus dévastateurs que le Hainaut et la Flandre aient connus jusqu’alors. Nos villages du Nord payèrent donc un lourd tribu au roi de France et à l’Histoire de France, ne l’oublions jamais !

Le 25 octobre 1782, Erchin fut rattachée à la Flandre Wallonne et, suite à cet arrêté, des bornes portant initiales FW et BH (voir à Bugnicourt) furent posées aux limites du terroir.

De nos jours, il en reste encore 7, dont 2 au ‘Tilloy’, 3 au ‘Cabot’, et 2 en bordure du chemin rural de Villers à Cantin, l’une au bois de la ‘Garenne’ et l’autre à ‘l’Ermitage’, face à la source.

La borne appelée Grand père (voir ci-dessus), qui ne porte pas d’inscription, devait aussi servir de délimiteur entre le ‘Cabot’ et ‘l’Ermitage’.

Erchin fera partie du Canton de Lewarde en 1790, et y restera jusqu’en 1800 (an II du calendrier révolutionnaire).

La Révolution entraînera une période sombre de l’histoire d’Erchin, comme des communes avoisinantes, surtout envers les symboles religieux, les prêtres sont considérés comme des contre révolutionnaires, la fermeture des chapelles et oratoires est ordonnée le 25 juin 1791, l’Etat Civil est retiré au curé du village, c’est la mairie qui enregistrera les naissances, décès et mariages.

Dès le 17 novembre 1793, toutes les églises doivent être fermées, les signes religieux, croix, calvaires, sont démolis.

L’édification d’une redoute est décidée en Mars 1794, sous les ordres du chef de Génie Jean Jacques Chermont, pour faire face à l’éventualité d’une invasion du Douaisis par les Autrichiens, sur les monts St Rémi, territoire d’Erchin, non loin du chemin du moulin. Le propriétaire du terrain est Mr Jehan Becquet de Mégille (Roucourt).

Selon le dictionnaire, une redoute est, dans le domaine de la fortification, un ouvrage isolé, sans angle rentrant, pas nécessairement de grande taille, rien à voir avec une quelconque activité de vente par correspondance.

Ainsi, la redoute ‘St Eloi’, à Douai, n’était pas très grande non plus.

Une redoute servait de poudrière, de point d’appui, elle pouvait aussi être enfouie dans le sol, ne laissant dépasser qu’une faible hauteur de mur.

C’est dès 1790, que l’hostilité de plus en plus évidente de la Prusse et de l’Autriche, contre la Révolution Française, décide l’autorité militaire à prendre des mesures de précaution dans les places fortes situées sur la frontière du département du Nord.

Fin juin 1791, suite à l’arrestation du roi Louis XVI à Varennes le 22 juin, Mr de Rochambeau, lieutenant général, commandant en chef de l’armée du Nord, est appelé dans le département.

En juillet 1791, il donne l’ordre d’exécuter des travaux destinés à mettre la place de Douai à l’abri d’attaques éventuelles. La conduite de ces travaux est confiée à Mr Tholoze, lieutenant au Corps Royal de Génie, qui devait se distinguer brillamment deux ans plus tard, au siège de Valenciennes.

Septembre 1792, des ouvriers des villages qui environnent Douai, comme ceux de Villers au Tertre, travaillent aux fortifications de la ville et, le 10 septembre, des villages proches de la grand route de Douai à Aniche, comme Bouvignies, sont occupés par les Autrichiens.

Un arrêté signale le 12 mars 1793 que la ville de Douai a des difficultés pour trouver les bois nécessaires à la confection de palissades et autres ouvrages indispensables à la défense de la ville. Les avant-postes ennemis sont signalés sur une ligne Raches, Ecaillon, Aniche, Mastain et, le 8 mars 1794, l’ennemi est à Abscon.

C’est dans le contexte d’une éventuelle invasion du Douaisis par les ennemis qu’était arrivé en janvier 1794, à Douai, le chef de brigade Jean Jacques Chermont, qui eut aussi la qualité de Chef de Génie, Chef de bataillon, puis sous-directeur des fortifications.

Son emploi du temps tenu avec rigueur a permis d’obtenir des précisions sur la redoute d’Erchin, appelée le ‘Vauban’ de Lavit, remise le 12 mai 1794, ce terme flattait d’ailleurs la réalisation de Lavit, en la comparant aux œuvres de Vauban, ce qui fait penser que les redoutes, élevées le long des monts St Rémi, avaient véritablement l’allure d’une ligne fortifiée.

On ne parle plus ensuite d’Erchin. En juin de la même année, Chermont indique qu’on a fait arracher les arbres et les verdures aux portes de Douai, puis l’ennemi commença à battre en retraite, mais fait encore des incursions dans divers villages du Douaisis, tandis que Valenciennes ne tombera aux mains des français que le 21 août.

Du 4 au 9 août 1794, les ennemis autrichiens occuperont et dévasteront le village, la redoute d’Erchin, comme celle de Bugnicourt, n’auront pas pu être utilisées pour jouer leur rôle dissuasif.

Voir plus loin, rubrique ‘La Redoute d’Erchin’.

L a vente de l’église eut lieu le 23 janvier 1799, elle fut adjugée au citoyen Cyprien Monnier, maire et débitant de boissons. Elle sera démolie et ses grès serviront à bâtir une grande maison, toujours visible rue de l’église.

Tandis qu’un loup est encore abattu à Roucourt, en 1810.

D’avril au 6 juin 1815, cantonnent des cuirassiers.

La Société d’Erchin rencontre la houille dans un sondage à Auberchicourt en 1838, puis ouvre une fosse à Erchin, et l’arrête en 1839 à 101m dans les dièves.

Un sondage pratiqué au fond de cette fosse traverse le tourtia à 144m puis des schistes houillers et deux passées charbonneuses.

Malgré cette découverte, la Société abandonne ses travaux, on n’entendit plus parler d’elle.

En 1888, la Compagnie d’Azincourt ouvrit la fosse n°2 qui servit de ventilation et à la remontée des terres de St Roch, comblée en 1937, tandis qu’en 1904, la compagnie d’Aniche ouvrit la fosse Sébastopol qui ventilait la fosse Vuillemin et ne sera comblée qu’en 1960.

La borne qui délimitait ces deux concessions, en 1796, est d’ailleurs toujours visible, avant la Révolution, elle était sise au pied de l’ancienne église.

Quant au château que vous pouvez admirer aujourd’hui, il fut construit en 1863 par le maire de Douai, Emile Leroy, qui maria sa fille à M.Bavière.

Aujourd’hui, la demeure vous propose des séjours en gîtes.

Armoiries

Les armes actuelles de la cité sont celles du chapitre noble des chanoinesses de Maubeuge : ’d’argent à trois chevrons de sable’.







Spécificité du village

A Erchin, on rend hommage aux Censes, qui donnèrent naissance à censier, en patois, alors que le mot ferme est issu de fermage, loyer payé par ceux qui cultivaient la terre à la Cense, propriétaire, dont ils dépendaient.

La Grosse ferme d’Erchin est l’une des censes les plus anciennes de toute la région, et, chose exceptionnelle, c’est toujours une ferme de nos jours !

La malédiction de Ste Aldegonde

Comme il est dit plus haut, c’est en l’an 663 que Ste Aldegonde lègue au monastère de Maubeuge ses nombreuses possessions, dont notamment la Cense sise à Erchin.

Ce legs fut subordonné à une malédiction qu’elle proféra : ‘…mais, que le tout demeure inviolable. Et, si quelqu’un ose contrevenir à cette donation, ou bien, par hardiesse, essaye de la violer, et qu’il ne s’en corrige, en premier lieu, qu’il encoure la colère de Dieu offensé, qu’il apparaisse excommunié devant le tribunal de Jésus Christ, qu’il flétrisse en sa fleur, et ne puisse porter fruit…

Voilà des paroles terribles qui, en ce temps-là, pouvaient encore effrayer bien des amateurs en général, et nos villageois en particulier !

Dans les faits cette malédiction fut interprétée et ils furent convaincus que, serait frappé de stérilité, tout habitant du lieu s’il venait à demeurer dans la ferme des ‘Dames de Maubeuge’, maudite depuis l’an 663 par cette donation, et il est curieux que depuis la famille Rousseau, aucun fermier de la contrée ne voulut acheter la ferme…

Cernée d’un grand mur de briques et de pierres, dorée chaque matin par les rayons du soleil levant, la ferme des Dames de Maubeuge est toujours là, reposant alanguie, sur la pente, le long de cette rue qui mène au calvaire, lorsque l’on quitte Erchin pour se rendre à Roucourt.

Remaniée plusieurs fois au 18ème siècle, comme l’attestent certaines pierres gravées (Anno Domini 1730 au pignon, 1771 à l’entrée, 1774 au colombier), cette ferme est parvenue jusqu’à nous depuis ces dates, sans autres grands changements importants.

En 1923 et en 1926, deux effondrements successifs dans le sol de la cour, le long du bâtiment gauche de la ferme, mirent à jour un souterrain d’environ un mètre de haut, relayé par une salle de 4m sur 6, où l’on pouvait se tenir aisément debout.

Selon certains anciens du village, ce souterrain mènerait soit au château de Lewarde, soit à l’abbaye d’Anchin, à Pecquencourt ; mais, ce ne sont là que des suppositions. Aujourd’hui, plus rien de visible ne laisse soupçonner son existence.

Nous voici maintenant en 1986, la ferme est toujours là, avec ses bâtiments du 18ème siècle, dont l’un vient récemment de s’écrouler. Le fleuron en est le pigeonnier, trapu, mais élégant, qui règne dans sa cour, du haut de ses 16 mètres. Avec celui de Cantin, il est parmi les plus imposants des monts saint Rémi.

Arrivé jusqu’à nous, il est voué à une lente agonie. Témoin d’un passé déjà lointain, et pourtant encore assez proche, il est en passe de subir le sort d’autres qui ont déjà disparu par indifférence pour la plupart, ou volontairement comme celui de Jenlain, qui a été détruit pour faire place à une usine moderne.

De tous temps, le pigeonnier (colombier) était une dépendance importante de l’exploitation domaniale, que celle-ci appartienne à un château, à un monastère, à un prieuré, ou à un simple manoir.

La ‘cense’, ou ferme, en tant que chef-lieu de l’exploitation agricole d’une seigneurie, en possédait un, comme chaque village, ou presque, et il suffit de se promener dans nos campagnes pour voir se profiler encore la silhouette pittoresque de ces édifices.

Le pigeonnier d’Erchin est de type multifonctionnel, la salle basse du rez-de-chaussée est utilisée comme petite grange de rangement.

Le pourtour intérieur des étages était garni de paniers d’osiers, destinés aux couples de pigeons.

Outre l’exploitation des pigeons eux-mêmes, on récupérait leur fiente, la ‘colombine’, qui était, avant la Révolution, un engrais très recherché.

La ruine des colombiers marque notre époque, sans pitié. Sans être ennemis de la modernité et du progrès, la disparition de ces curieux édifices est regrettable, ils enchantaient le décor de nos villages, symboles de prospérité, mais aussi d’une vie rurale qui se déroulait paisiblement, sans hâte maladive, au rythme des saisons.

Un pigeonnier qui meurt, c’est comme une page de notre passé qui se tourne. ’Je garde l’espoir d’un futur bâtiment rénové, que les générations à venir pourraient admirer longtemps encore’ écrivait Michel Carlier, passionné d’histoire locale.

Pour conclure, et pour les admirateurs de la ferme sainte Aldegonde (patronne d’Erchin, mais aussi de nombreuses paroisses du Nord de la France, de Belgique, Hollande, Allemagne), signalons la présence de cette grande croix de tuiles sombres, couchée sur le toit d’un bâtiment, croix qui rappelle encore que cette antique ferme fut longtemps un bien d’église, durant près de onze siècles.

De même, le blason de la commune d’Erchin : ‘trois chevrons de sable sur fond d’argent’ est aussi celui du Chapitre disparu, qui confirme ici l’invisible et étroit lien unissant ce lieu à l’autorité dont il dépendait autrefois.

La redoute d’Erchin

De forme carrée, cette redoute mesure environ 7 mètres de côté à l’extérieur. L’ouvrage est composé de grès et d’éclats de grès faciles à trouver dans ces lieux, les murs sont assez épais, entre ces murs, de la terre.

Il n’y avait pas que les murs de grès, mais des madriers, pour les plates formes, et aussi des fascines, fagots de branchages utilisés pour combler un fossé ou retenir le talus d’une tranchée.

On peut donc imaginer que la redoute était entourée d’une ou plusieurs plates formes, maintenues par des madriers de bois et aussi de fagots pour retenir la terre.

Aujourd’hui, la redoute n’est plus qu’un tas de terre éboulée, autour duquel on aperçoit difficilement l’enceinte de grès. Elle a été mise à mal par les nombreux passants, et a servi bien souvent de jeu aux enfants et même aux plus grands qui se sont amusés à rouler dessus en deux roues.

Longtemps, les villageois l’ont appelée : ‘le cadeau’, ce qui évoque un siège d’enfant, une petite chaise. Elle servait alors de promontoire d’où l’on pouvait observer la plaine, vers Aniche.

La redoute d'Erchin fut construite en 1794 par nos soldats, sous les ordres de Jean Jacques Chermont, qui était sous-directeur des fortifications de Douai. En effet, à l'époque, comme la région était partiellement envahie par les Autrichiens, l'autorité militaire avait décidé, par précaution, de renforcer les places fortes situées sur la frontière du département du Nord. Les petites collines des monts St Rémy, à l'Est de la place de Douai, étaient bien placées pour observer l'arrivée de l'ennemi et servir éventuellement d'appui à des avant-postes.

Après Waterloo, en septembre 1815, des troupes du 2ème corps d’armée des Pays-Bas occupèrent les monts.

En janvier 1816, le prince Frédéric de Hesse Cassel, général en chef de corps d’armée, du roi de Danemark, et sa suite, vinrent à leur tour s’installer à Lewarde (ils élevèrent un obélisque dans le bois – voir à Roucourt) et cantonner aussi à Erchin.

La redoute ne subit toujours pas de coups de feu, mais dut servir d’observatoire pour les hussards Danois. Dans les registres d’état civil d’Erchin, on trouve en effet, le 15 octobre 1817, la trace d’un bébé mort né, fils de Frédéric Enne, hussard danois.

En Novembre 1818, ils abandonnèrent l’occupation de notre région.

Bien plus tard, à la grande guerre 14-18, le 30 septembre 1914, une canonnade retentit dans le bois de la ‘pyramide’ où était installée une batterie française.

Le soir même, les monts étaient abandonnés. Le lendemain 1er octobre, Douai était pris par les allemands.

La redoute fut définitivement oubliée, les villageois eux-mêmes oublièrent ce qu’elle était.

Aujourd’hui elle continue de se dégrader lentement, et de disparaître au fil du temps, sûrement ce qu’elle redoutait le plus…

Légende

Dans le livre de Charles Deulin de Fresnes sur Escaut, ‘les contes d’un buveur de bière’, une histoire portant comme titre ‘les muscades de la Guerliche’ amuse bien les gens d’Erchin, d’autant que certains noms utilisés existent encore dans le village…

L’église

Avant la Révolution, l’ancienne église se trouvait à l’emplacement de l’actuel cimetière.

Elle fut vendue et détruite en 1799, des grès servirent à la reconstruction des habitations, dont celle sise au 22 rue de l’église.

Elle ne fut rebâtie qu’en 1839. Bâtie d’origine dans un pâle style roman, elle ne comprenait que la partie centrale de l’édifice actuel, vaste salle rectangulaire de 18m sur 8, couverte d’ardoises et pavée de dalles bleutées où le soleil entrait par 10 grandes fenêtres non encore munies de vitraux multicolores.

Elle fut livrée au culte en 1840, le 17 août.

Entre temps, les offices se déroulaient dans une chapelle de secours, l’ancien presbytère, qui se trouvait à l’emplacement du calvaire du cimetière, et qui fut rasée en 1978.

L’abbé Mascret, premier curé, fit construire le chœur et les deux sacristies en 1848. Le clocher fut édifié par les anciens combattants de la guerre de 70, qui en étaient tous revenus vivants.

Les vitraux furent réalisés en 1894, tandis que la décoration et les boiseries des murs intérieurs le furent en 1896.

L’unique cloche installée en 1875 sera emmenée par les allemands, le 14 juillet 1917, et fondue.

Elle sera remplacée par deux autres en 1923, une de 630kg, l’autre 80cgs.

A l’intérieur de l’église, sur la gauche, se trouve une pierre tombale, pierre Bleue provenant des anciennes carrières d’Erchin.

On peut y apercevoir deux effigies, un homme et une femme, sûrement seigneurs du village.

L’inscription ‘Cy gist demiselle Isabiel, femme de…’, date probablement du 14ème, elle est d’ailleurs classée aux monuments historiques depuis février 1978.

Dans le chœur, on peut y admirer la statue de Sainte Aldegonde, belle œuvre en bois polychrome du 19ème.

Deux vitraux lui sont également consacrés, l’un dans le porche, et l’autre près de l’autel du St Sacrement.

L’église s’enorgueillit de posséder aussi deux reliquaires, un de Sainte Aldegonde, et l’autre de Saint Roch, aussi patron des tailleurs de pierre.

Le maître autel, du milieu du 18ème, les fonts baptismaux, la statue de ste Aldegonde, et la pierre tombale, sont quelques uns des éléments qui restent de l’ancienne église.

Dans le chœur, un crucifix en bois rappelle trois jeunes de la paroisse, disparus tragiquement ensemble dans un accident de la circulation, et porte les initiales de leurs prénoms, Nathalie, Gérard, et Denis.

Le Calvaire

Le calvaire occupe un site impressionnant dont la hauteur rappelle celle de la colline du Golgotha où fut crucifié Jésus.

Pour y parvenir, il faut en effet gravir une dénivellation d’une vingtaine de mètres empruntant un chemin sinueux récemment réalisé par le chantier de restauration du S.I.R.A.

Tout en haut de la butte qui domine la rue du Calvaire, à 70 m d’altitude, le calvaire communal est l’héritier d’autres plus anciens car dès le début du XVIIè figure déjà dans les albums de Croÿ, une croix à cet emplacement.

Il subit au cours des ans certaines reconstructions indiquées par les dates de 1865 et 1926 gravées sur l’arrière de la hampe de la croix.

Selon une tradition populaire, il aurait été érigé là après qu’un enfant eût été dévoré par un loup.

Le Christ y est représenté vivant, ses yeux sont ouverts, tournés vers le ciel, et implorent Dieu pour obtenir le pardon de ses bourreaux.

Sa tête n’est pas coiffée de la couronne d’épines, ses pieds sont cloués séparément sur la console.

Le calvaire était visité lors des rogations, ces processions qui se déroulaient chacun des trois jours qui précèdent l’Ascension.

Un petit groupe de personnes parmi lesquelles les enfants de chœur et les enfants du catéchisme, accompagnait le prêtre vers les extrémités du village pour y bénir les champs.

Tombées en désuétude, les rogations n’étaient plus suivies, avant la seconde guerre mondiale, que par quelques dames âgées suscitant des commentaires goguenards de la part de certains du genre : ‘Si le curé ne les sort pas, le mauvais temps s’installe !’ et ‘Mr le curé promène ses grand-mères’.

Un dicton local attribuait à chaque journée des rogations le temps des futures récoltes : premier jour, fenaisons ; deuxième jour, moissons ; troisième jour : vendanges (la vigne fut cultivée autrefois dans le Douaisis).

Chapelle ND des Victoires

La chapelle est enclavée, en retrait du trottoir, entre les n°22 et 24 de la rue de l’Église.

Avant la Révolution, un passage , situé derrière les maisons encadrantes, permettait de rejoindre l’ancienne église.

Elle aurait été construite en façade de rue en même temps que la maison à l’arrière, datée de l’an VIII de la République, soit 1800-1801.

Le plan cadastral de 1812 indique la présence d’un petit bâtiment, sans préciser qu’il s’agit d’une chapelle. Mais elle est mentionnée sur celui de 1865 avec le nom de son propriétaire, Ferdinand Nottez, maçon à Erchin.

Auparavant, elle était fermée par un vantail ouvrant vers l’extérieur et un tympan, tous deux réalisés en bois.

La seule ouverture pratiquée dans cette porte était un regard obturé par un motif de ferronnerie avec une croix ancrée au centre ; sous ce jour subsistait la fente par laquelle on glissait son obole.

Appuyé contre le mur du chevet, l’autel est en maçonnerie. La statue actuelle, offerte pour remplacer l’ancienne brisée, est placée sur le degré le plus élevé de l’autel.

Voir le culte de Notre Dame des Victoires à Féchain


Chapelle St Liévin

Également privée, située dans le bourg presque en face de l’église, elle est encadrée de deux grands tilleuls, et incorporée au mur d’enceinte de la grande ferme du 23 rue de l’Eglise.

Construite entre 1812 et 1865, elle appartenait à Etienne Risbourg, cultivateur à Erchin. Par la suite, le terrain devint la propriété de la famille Bavière dont plusieurs membres furent ou sont notaires à Douai.




Une restauration réalisée récemment par l’Association pour la Sauvegarde du Patrimoine Erchinois a modifié l’aspect initial de l’édifice dont les matériaux ont été mis à nu alors qu’ils étaient peints autrefois.

La famille Bavière avait installé dans la chapelle une statue de Saint Liévin retirée en 1974 pour être nettoyée, et n’a jamais été remise à sa place. Une nouvelle statue de Saint Liévin provenant d’un don privé, l’a remplacée en 2001.

Né vers 580, originaire d’Irlande, Liévin fut ordonné prêtre par Saint Augustin, et serait venu évangéliser la Flandre avec Saint Omer au VIIè, et aurait subi le martyre à Gand en 657.

Les bourreaux qui venaient de lui arracher la langue avec des tenailles disparurent soudainement, frappés par la foudre divine.

Dieu lui ayant rendu sa langue, Liévin reprit ses prédications, mais ses persécuteurs le décapitèrent à Essche qui, depuis, ajouta Saint Liévin à son nom.

Si son principal lieu de culte reste Gand, saint Liévin fut adopté comme patron par les marins pêcheurs boulonnais, il avait affronté les périls de la mer en traversant le détroit.

Liévin serait en fait, une variante de Lebuin, vénéré à Deventer aux Pays Bas, qui ne fut ni évêque, ni martyr.

Bien que décapité, saint Liévin n’est jamais représenté en céphalophore ; il tient une tenaille dont les mâchoires serrent encore la langue arrachée.

Chapelle Ste Philomène

A l’intersection de la rue de la Mairie et de la rue du Calvaire, deux grands tilleuls valorisent cette chapelle privée.

Cet édifice apparaît en 1865 dans le mur d’enceinte de la propriété d’Etienne Risbourg, cultivateur.

La sainte est représentée debout sur un socle carré aux angles abattus, sa tête est légèrement inclinée du côté gauche, son regard exprime la tristesse.

Elle tient fermé son poing droit contre sa poitrine, son bras gauche, légèrement décollé du corps, présente la paume de sa main ouverte.

Cette représentation de Philomène du XIXè est insolite parce qu’elle a perdu ses attributs habituels, l’ampoule de sang suspendue à un collier, l’ancre de marine et les trois flêches de son supplice.

L’existence de cette martyre romaine est douteuse et la congrégation des rites en a suspendu le culte en 1961, bien que le curé d’Ars l’eût pourtant répandu en France, lui attribuant des miracles.

Fille d’un prince grec, elle aurait refusé d’épouser l’empereur Dioclétien qui l’aurait fait jeter dans le Tibre, une ancre attachée au cou.

Des anges auraient alors volé à son secours et coupé la corde, mais reprise ensuite par ses persécuteurs, elle fut soumise au tir des archers dont elle renvoya les flèches.

Finalement, ses bourreaux la décapitèrent.

Patronne du clergé, des jeunes filles, des enfants, des innocents, sainte Philomène est aussi invoquée contre les dangers de la route.

Elle était fêtée le 13 août, sa statue fut sans doute retirée de la chapelle quand l’Église cessa de reconnaître son culte.

Grotte ND de Lourdes

Elle est creusée dans la colline sur laquelle est dressé le calvaire. D’une taille respectable, cette grotte privée occupe un beau site planté d’arbres.

C’est au cours d’un pèlerinage en août 1951 que les 44 paroissiens présents à Lourdes, ainsi que l’abbé Leruste, décidèrent la construction de cette grotte et revinrent avec une statue de Bernadette, une autre de la Vierge, et des pierres du gave de Pau destinées à être scellées dans la niche.

Autant que faire se peut, elle devait ressembler à celle de Lourdes et ses dimensions proportionnelles aux 10/17è de Massabielle.

Quelques 250m3 de sable furent évacués par les fermiers dont les bennes étaient chargées par de nombreux villageois terrassiers pour l’occasion.

Le dimanche 24 février 1952, l’abbé posa la première pierre tandis qu’une souscription et de nombreux dons permettaient le financement de l’ouvrage.

En 2 mois et demi, le travail était terminé avec la coopération de la paroisse et des bénévoles professionnels du bâtiment en retraite.

Le 18 Mai 1952 l’inauguration fut présidée par Mgr Leduc, archevêque de Cambrai.

Le culte de Notre Dame de Lourdes reste très vivace en France, dans la seule région d’Arleux on compte 5 grottes, et 11 chapelles et niches.

Vers 20h30, tous les ans à l’Assomption, les fidèles se rassemblent à l’église où on leur distribue des cierges. La procession aux flambeaux les conduit alors à la niche Saint Roch, puis à la grotte Notre Dame de Lourdes, elle attire beaucoup de monde.

Voir le culte de Notre Dame de Lourdes à Marcq en Ostrevant.

Histoire de Pommes de terre

Le 20 octobre 1773, la cour royale de Bouchain rend un jugement bien curieux. Depuis 1180, une dîme était perçue sur les fruits.

Or, à partir de 1765, on crut pouvoir ranger la pomme de terre dans cette catégorie, pour augmenter la pression fiscale.

Le procureur des Dames de Maubeuge, qui possédaient la ferme d’Erchin, voulant percevoir cette taxe, entra en procès avec les communes de Grandrieu et Sivry, et gagna ce procès devant le conseil souverain du Hainaut.

Par contre, à Erchin, le jugement donna raison aux habitants, en voici un extrait :’…outre que la pomme de terre est une racine, elle est rangée dans la classe des légumes, qui ne sont soumis nulle part à la dîme, par les cartulaires du Chapitre…

Les chanoinesses de Maubeuge subirent là un échec qui les déçut fortement et leur coûta fort cher.

Ceci invite tout naturellement à penser que l’introduction de la pomme de terre dans le douaisis est bien antérieure à Parmentier (1737-1813), et qu’elle date probablement des environs de 1725, les habitants de Grandieu déclaraient en 1765 qu’ils la cultivaient depuis 30 ou 40 ans.

D’ailleurs, c’est en Ardèche que le tubercule aurait été planté pour la première fois dans le royaume, à proximité d’Annonay en 1540, importé par un moine franciscain de Tolède, en Espagne, Pierre Sornas, natif de l’Ardèche.

D’abord utilisée pour la nourriture des bestiaux, on la retrouva rapidement sur toutes les tables de la région, même celle des seigneurs, et bien vite au-delà. Elle était connue sous le nom de truffole, ou truffe, ou tartifle.

Elle fut longtemps calomniée, accusée de donner la lèpre et de produire un aliment ‘flattueux’ et indigeste juste bon pour les ‘palais grossiers’.

C'est Antoine Augustin Parmentier qui usa de ‘différentes stratégies médiatiques’ pour prouver l'intérêt alimentaire des tubercules de pomme de terre : il fit cultiver ce légume dans les jardins du Roi Louis XVI.

Les gardes du Roi protégeaient les jardins le jour mais pas la nuit, ce qui suscita l'intérêt du peuple, et lui permit de récupérer des plants pendant la nuit.

Par cette astuce, la réputation des Truffoles fut sauvée et leur usage répandu...

La pomme de terre est le plus utile présent que le Nouveau Monde ait fait à l'Ancien, mais nous ne sommes pas là pour ‘éplucher’ toute son histoire…

Chanson

Le lundi 16 mai 1910, alors lundi de Pentecôte, eut lieu, dans le village, une mémorable fête, au cours de laquelle une joyeuse chanson fut composée : « Viens avec mi, Hinriette ». Le refrain est aujourd’hui encore dans toutes les mémoires.

Fête locale – La foire à la Gaufre

Cette fête communale se déroule tous les 2° Week End de septembre, elle est née de l'animation de notre village par la troupe du Prato de Lille, de réputation européenne, il y a déjà 22 ans.

La troupe s'est emparée d'un conte de Charles Deulin : ‘Les muscades de la Guerliche’, pour cette animation.

Le conte nous explique comment un garnement, après moult bêtises aux dépens de la population du village, et particulièrement du ‘Mayeur’, le maire de l'époque, a gagné son paradis en offrant des gaufres, alors appelées ‘guerliches’, aux saints innocents.

De cette friandise est né le nom donné à notre garnement : La Guerliche.

Notre fête locale se déroule maintenant sur 2 jours et offre à la population locale et des environs, une animation théâtrale et une exposition d'art plastique le samedi, une brocante le dimanche toute la journée, et le dimanche après midi, un défilé carnavalesque, une animation en salle, et le jugement accompagné de la mise au bûcher de la Guerliche, précédé d'une retraite aux flambeaux.

Le thème central de notre foire est La Gaufre Sèche, et de nombreux bénévoles en produisent environ 13 000 chaque année !

Géant – La Guerliche

De l'animation décrite ci-dessus par le Prato, est aussi né un géant : La Guerliche.

Les enfants de l'école en ont été, il y a 22 ans, les principaux inspirateurs, et notre géant est le fruit de la volonté et du travail de nombreux bénévoles.

Il mesure 4 m 35, prit pour femme AUREILY de Rieulay en 2002.

Actuellement en réfection, il sera présenté tout ‘requinqué’ aux Erchinois à la fête des mères, en 2004.

Il pourra ainsi reprendre les quelques 10 sorties annuelles qui figurent maintenant à son programme.

En échange, ses amis géants du voisinage participent à notre foire à la gaufre, chaque second week end de septembre.