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Brunémont

Origine Historique Armoiries Spécificité L'Eglise Le Calvaire
La chapelle ND de Liesse La chapelle ND de Lourdes L'académie bocagère Valmuse La Tourbe et les tourbières Tradition Fête locale

Origine du village

Le territoire semble avoir été occupé dès la préhistoire, comme beaucoup d’autres communes de Sensée.

Au 3ème siècle, les campagnes du Val de Sensée connaissent une indéniable prospérité, Brunémont accueillera quelques exploitations de taille moyenne.

Les paysages largement déboisés sont parsemés de petits bâtiments où résident les paysans les plus modestes, comme à Aubigny.

Si là aussi des tuiles couvrent les toits, l’essentiel des bâtiments est construit en bois.

L’agglomération la plus proche est le vicus (bourgade) de Lewarde, où résident de nombreux artisans et commerçants. Une route romaine, revêtue de cailloux de grès le relie au chef-lieu Arras.

Les premières forteresses seigneuriales, au XIè et XIIè sont en bois, avec une tour plantée sur une haute motte artificielle. Un donjon de pierre leur succède au XIIè et XIIIè, et à ce type de construction appartiennent des fortifications publiques, édifiées par le Comte de Flandres pour défendre les routes et les cours d’eau.

Les plus riches seigneurs vont imiter ce modèle mais, dans bien des cas, les plus modestes doivent se contenter de manoirs plus sobres, comme à Brunémont.

En dépit d’épisodes guerriers au temps de Philippe le Bel, vers 1297-1304, et de graves épidémies au milieu du XIVè, 1340-1369, la conjoncture est assez favorable pendant trois ou quatre siècles, et permettra une belle expansion économique et démographique.

Au XIIIè, deux nouveaux villages seront créés sur des terres restées jusqu’alors peu mises en valeur, Hamel et Brunémont. Le plan de ce dernier, avec ses trois rues parallèles et ses parcelles régulières, est caractéristique des villages de défrichement.

Brunémont viendrait du mont Brunet sur lequel le village est bâti.

Le nom du village apparaît pour la première fois en 1176 sous la forme de Brunaimont et en 1525, des documents font état de Brunémont-lez-Arleux et, en 1766, la carte de Cassini (plus loin) mentionnera Brunelmont.

Une borne plantée au lieu-dit ‘le Becquet’ portait d’un côté l’inscription de Brunémont, et de l’autre, Arleux, malheureusement elle a disparu.

Historique

Le châtelain de Bouchain, de qui dépendait le village au XIVè, tenait une comptabilité des impôts qu’il levait.

On retrouve d’ailleurs dans les dénombrements hennuyers (habitants du Hainaut), de 1365 à 1561, la composition du village, en particulier le nombre de feux ou foyers, et la guerre de 1477 à 1482 le fit tomber de 21 à 10, la mortalité y fut particulièrement élevée par rapport aux autres villages dépendant de la châtellenie de Bouchain.

En 1493, par le traité de Senlis, Charles VIII renonce à ses droits sur l’Artois, qui passe ainsi de France aux Pays Bas espagnols.

Louise de Savoie et Marguerite d’Autriche signeront la Paix des Dames en 1529 à Cambrai, et préciseront la perte de la suzeraineté française de Brunémont.

Les français de la garnison de Cambrai prennent le château féodal en 1582, il présentait un intérêt stratégique. Comme à Arleux et Aubigny au Bac, il sera ruiné en partie.

La seigneurie est détenue par la famille Le Baron et puis passe par mariage dans la famille de Gognies au XVIIème siècle.

La signature du traité des Pyrénées en 1659, donnera l’Artois à la France, et l’évêché dont dépend Brunémont, reviendra dans le royaume de France.

La terre de Brunémont fut apportée par le mariage en 1747 de Marie de Walicourt, fille du seigneur de Brunémont, avec Philippe Henri, comte de Douglas.

L’église a pour collateur l’abbaye Saint-Vaast d’Arras jusqu’à la Révolution, l’actuelle sera construite sur les ruines de l’ancienne, en 1758.

La mort de Marie de Walicourt, en 1765, laissera la terre de Brunémont à son second mari, Gabriel Emmanuel du Belloy, qui la vendra à l’ancien chef de magistrat de Douai, Casimir Joseph de Wavrechin, en 1774.

D’ailleurs, un plan de l’année suivante met en évidence l’emprise du château dont il ne reste aujourd’hui que les communs.

C’est en 1867 que la célèbre académie bocagère de Valmuse, société littéraire et poétique, siège dans la cité, voir plus loin.

Le dernier château connu à Brunémont, érigé au 18è par Mr de Wavrechin, fut détruit au lendemain de 14-18.

Il ne subsistera que la porte extérieure, toujours visible, et quelques caves.

Armoiries

Les armes actuelles de la cité sont celles de la famille Le Baron : ‘Fasce d’argent et d’azur de six pièces, la première fasce d’azur chargée de trois cœurs d’or’.







Spécificité du village

Richesse enfouie du passé, Brunémont a souhaité rendre à la Tourbe et aux Tourbières (voir plus loin), la place de choix dans cette référence.

On parle désormais des ‘Tourbières de Brunémont’. Un musée lui sera vraisemblablement consacré.

L’église

Il existait déjà une organisation sociale et économique, vers 500, sur les terres du village.

Vers 1200, l’abbé Saint Vaast d’Arras devint le collateur de la cure de Brunémont, et laisse supposer qu’il existait une cure à cet endroit, et que les droits lui étaient dévolus.

La peinture rélisée par Adrien de Montigny pour les albums de Croÿ, ci-dessus, montre que l’église est une construction imposante, dotée d’une tour centrale percée de trois niveaux de fenêtres, et coiffée d’une flèche d’ardoise.

Le chœur est éclairé, sur son flanc Nord, par deux lancettes, son chevet plat est percé de deux autres baies surmontées d’un oculus.

Cette église sera rebâtie en 1758, sur les ruines de la précédente détruite par les guerres de Louis XIV.

Le moulin n’existe déjà plus sur le cadastre de 1812, et une chapelle sera édifiée à son emplacement (voir Chapelle ND de Liesse plus loin).

Dédiée à Notre Dame de l’Assomption, elle a été reconstruite autour de deux piliers existant encore.

Comme la plupart des monuments de la région, elle fut édifiée en grès et en briques, et restaurée vers la fin du 18ème, tandis que son clocher le fut en 1764.

Pour payer les travaux, la commune afferma vingt surfaces de parts de marais et fut autorisée à lever un impôt de 100 livres pendant douze ans, avec l’accord des habitants.

Contrairement aux autres édifices de la région, elle ne fut pas détruite pendant la guerre 14-18, mais fortement endommagée et réparée ensuite. C’est à ce moment que la flèche prit sa forme actuelle, plus élancée, et couverte de plaques de cuivre.

Sur l’unique cloche , on peut lire :’Je me nomme Marie Hélène. Les allemands ont brisé ma sœur et l’ont réduite en mitraille….’.

A l’entrée de cette église, deux colonnes intéressantes pour leurs chapiteaux, en forme de colimaçons de coquilles Saint Jacques et portant des armoiries. Ces colonnes proviennent d’un bâtiment religieux médiéval et furent réutilisées lors de la construction.

Dans le fond, côté Nord, les fonts baptismaux, taillés dans le gré.

Une dalle funéraire du XVIIème siècle est également conservée dans le sanctuaire : il s’agit de la pierre tombale du premier seigneur de la maison de Gognies, Adrien, décédé en 1623 et de sa femme, membre de la famille Le Baron, seigneur de Brunémont pendant tout le XVIème siècle.

Près de l’autel du Sacré Cœur, un détail du vitrail, situé à l’Est, qui a fait l’objet d’une double page de l’ouvrage ‘Chapelles et Calvaires’, représente une très belle Vierge dont la grâce fut, sans doute, inspirée par la Vierge à l’Enfant, sur socle, et portée en procession à chaque fête de l’Assomption.

Le calvaire

En bordure de la rue Neuve, à la sortie du village, sur la D247 vers Bugnicourt, le calvaire s’élève sur une modeste parcelle enclavée entre deux habitations.

Inauguré le 5 mai 1872 , le calvaire a pu être érigé grâce au curé du village de l’époque qui avait sollicité et récolté les offrandes de personnes charitables.

La famille Verriez, en particulier, mit le terrain nécessaire à disposition de la commune, et en fit don en 1990.

Une assistance considérable assista à cette inauguration, on décora les rues pour l’occasion, et le doyen d’Arleux emmena les fidèles en procession jusqu’au calvaire.

Le Christ est vêtu du périzonium et ne porte pas la couronne d’épines, ses cheveux tombent jusqu’aux épaules.

La tête inclinée, il regarde le ciel, et un léger fléchissement de la jambe gauche, accompagné d’une extension du torse, donnent du mouvement à ce Christ dont les pieds sont cloués séparément.

Le calvaire de Brunémont était une croix hosannière parce que, selon un témoin, le prêtre y bénissait le buis le dimanche des Rameaux.

Chapelle Notre Dame de Liesse

Isolée au sommet du mont Bourlivet, cette chapelle privée surplombe les marais de la Sensée. Elle est valorisée par son site champêtre et sa position dominante sur les huit clochers environnants.

A cet emplacement, début du XVIIè, les albums de Croÿ montrent un moulin, et la tradition orale rapporte que la chapelle aurait été fondée au milieu du siècle par Jean Duhen qui, ayant perdu ses deux premières épouses sans qu ‘elles aient pu lui assurer sa descendance, avait fait vœu d’édifier une chapelle au cas où la troisième lui en donnerait une.

Exaucé et même largement au-delà, elle lui en donna trois.

Détruite à la Révolution, la chapelle fut rebâtie en 1823 par Mme Ficheux et MM Duhen et Leteneur, cultivateurs à Brunémont.

Acquise dans la seconde moitié du XIXè par la famille Moreau, elle dût être réparée après la première guerre.

Aujourd’hui la chapelle n’abrite plus de statue, la première fut volée et la seconde brisée par des vandales. L’autel est en bois peint.

Notre Dame de Liesse est l’une des dévotions à la Vierge Marie les plus répandues au Nord de la France.

"La légende raconte que trois chevaliers du pays de Laon s’étaient enrôlés chez les chevaliers de Saint Jean de Jérusalem pendant la première croisade, à la fin du XIè, et c’est en luttant sous les murs d’Ascalon qu’ils furent capturés par les Egyptiens et emprisonnés au Caire.

Là, le vieil émir El Afdhal tenta de les convertir à l’Islam et leur envoya même sa fille pour ruiner leur foi, mais l’inverse se produisit et la princesse Ismérie fut gagnée à la religion chrétienne.

Comme elle souhaitait voir un représentant du dieu des chrétiens, un miracle se produisit, et des anges amenèrent dans le cachot une statuette de la Vierge sculptée dans du bois noir.

Marie apparut alors à Ismérie et lui demanda de délivrer les captifs, et la princesse s’exécuta, organisa l’évasion des croisés qu’elle accompagna, en emportant la statue.

Une nuit, endormis, un prodige les fit se réveiller sur la terre de leurs ancêtres, dans la région de Laon, c’était le 2 juillet 1134.

Brusquement, en traversant un jardin, la statue devint si lourde qu’Ismérie ne put la soulever, et c’est à cet endroit que ses compagnons décidèrent de bâtir une chapelle.

Depuis ce temps Liesse (autrefois Liance), près de Laon, est devenue le centre d’un pèlerinage célèbre qui attira même les rois de France de Charles VI à Louis XV.

De nombreux ex-voto accompagnent la Vierge Noire, dans la basilique de Liesse, dont une toile offerte par Louis XIII et Anne d’Autriche en action de grâce pour la naissance d’un fils, le futur Louis XIV.

Par la suite, Notre Dame de Liesse fut invoquée contre la stérilité, ce que ne devait pas ignorer notre Jean Duhen, du fond de sa province, à Brunémont.

Chapelle Notre Dame de Lourdes

Bien qu’elle se trouve sur le territoire communal d’Arleux, privée, elle est incluse dans la grange de la ferme Delille, au 2 rue des Blancs Moutons.

Dans les années 30, la ferme appartenait à la fratrie Delille, deux hommes et trois femmes, tous célibataires.

L’activité principale était l’élevage des ovidés et ils élevaient plusieurs centaines de moutons, qui donnèrent la rue du même nom.

D’ailleurs, tous les ans ils participaient à Roucourt à la procession du lundi de Pentecôte en l’honneur de Saint Druon, patron des bergers.

C’est en 1930 qu’une épizootie menaça le troupeau, et une chapelle fut édifiée pour la conjurer.

En pénétrant dans la chapelle, la fresque murale présente un rayonnement coïncidant parfaitement avec la tête de la Vierge, et vérifie par là l’authenticité de la dédicace.

La statue est conforme à la représentation traditionnelle ; elle est escortée, sur une table d’autel en bois, de Notre Dame de Bonsecours, d’une Vierge à l’Enfant, et du Sacré Cœur.

Brunémont devait partager avec Bugnicourt le service du même prêtre et il n’y avait, dans la paroisse, qu’une seule procession du Saint Sacrement.

Les uns croient se souvenir qu’elle allait au calvaire, les autres affirment qu’elle suivait le même itinéraire que celle de l’Assomption, partait de l’église, gagnait par la rue d’En Bas un premier reposoir chez Séraphine Pamart, un second chez Louis et Célina Vasseur, et quelquefois un troisième chez Arlette Régnier, à l’angle de la rue des Blancs Moutons, allait jusqu’à la chapelle Notre Dame de Lourdes, à la ferme Delille.

On escaladait ensuite le mont Bourlivet par le chemin des contrebandiers, jusqu’à Notre Dame de Liesse, avant de regagner l’église par la rue d’En Haut.

Le parcours de la procession était couvert d’une jonchure, de joncs des marais qu’on prenait soin de ramasser ensuite pour les conserver au grenier, car ils avaient le pouvoir de protéger les maisons et les habitants.

Voir le culte de Notre Dame de Lourdes à Marcq en Ostrevant.

L’académie bocagère Valmuse

Les époux Leurs habitèrent le château de Brunémont, village dont Mr Leurs fut maire un moment.

Issus du quartier du Barlet, à Douai, les parents de Joseph Houdart (voir à Villers au Tertre) connurent très bien Mr et Mme Leurs, Mr était rédacteur du ‘National’, Mme était une amie de Marceline Desbordes Valmore.

Madame Leurs, poète à ses heures, nommait poétiquement son château ‘Valmuse’ ou ‘Val des Muses’.

Elle animait une sorte de petite société littéraire et poétique, nommée ‘académie bocagère de Valmuse’, fondée avant 1800, et dont chacun des membres portait le nom d’un arbre du parc.

Elle aima, par la suite, se rendre au château de Villers visiter les Houdart.

Quand la maladie obligea son mari à quitter la plume, elle la reprit pour écrire sous son nom. Dans une de ses compositions mélancoliques et nostalgiques, elle conte ses moments charmants passés à Villers, égayés par le son du clavecin.

L’abbé Guidé, qui nous raconte ceci, fut frappé par une petite romance qu’il intitulait lui-même ‘le chant de l’aiguille’, c’est le chant émouvant d’une pauvre couturière qui passe la nuit à travailler, avec son enfant sur les genoux : ‘Dormez, ô ma fille, dormez sur mon cœur, tant que mon aiguille quitte son labeur’.

L’origine de cette académie commença avec le perroquet ‘vert-vert’, de Gresset.

Doux, caressant, donnant la patte… Parlant très franchement,… son caquet amusait beaucoup sa maîtresse…aimé, chéri, fêté et de tous réservés à un oiseau d’élite… Jacot était cependant mortel… On fit au perroquet un bel enterrement… Dans le vallon, en pompe il fût porté… On lui fit un mausolée, beau monument, mais de qui la durée, par le temps, destructeur de tout avant 10 ans fut terminée. Ce qui dure encore… ce sont les jolis vers, qu’en cette triste fête, maints beaux esprits tirèrent de leur tête (épitaphe, testament, apothéose…)…

Alors l’abbé Roman, homme de génie, partit de là… il conçut le sublime projet, en tirant parti du sujet, d’en monter une Académie… ‘

Il eut l’idée de réunir les vers issus des vertus et des grâces de Jacquot, écrits par tous les poètes de la banlieue, les uns sérieux, les autres coquins, et inculqua dans la tête de Mr de Wavrechin, la pensée de faire bâtir, dans un joli vallon de sa terre, un lieu de plaisance pour y rassembler les poètes et poétesses de talent, et l’appela Valmuse.

Ainsi, le Valmuse devint une jolie maison de campagne que Mr de Wavrechin avait permis à l’abbé Roman de bâtir sur sa terre de Brunémont, sur les bords de Sensée, et qui donna son nom à la société anacréontique que cet aimable poète y a formée.

Les initiés se nommaient Valmusiens et Valmusiennes ou Bocagers et Bocagères, chacun d’eux avait dans le parc un arbre qui portait son chiffre ou son nom.

Ils se réunissaient pour disserter de toutes choses et spécialement pour se réciter des vers galants, en se promenant à l’ombre des grands arbres ; et les journées se terminaient autour d’une table joyeuse ou devant un théâtre élevé dans le jardin. (voir référence aux Rosati à Arras).

Mr de Neuflieu guidait ses invités à travers le Valmuse. ‘Voyez la grotte des muses, plus loin voilà l’étang où chacun peut prendre le plaisir de la chasse et de la pêche ; ici, c’est la salle de danse’.

Il est dit que ‘le Valmusien, quoiqu’il puisse avoir du renom, n’est connu que par son emblème, le rameau de l’arbre ou l’arbuste qu’il a choisi. Sur l’arbre emblème il gravait son chiffre ou son nom, et, ‘par ce moment que ces sages y laissent, eux seuls entre eux se reconnaissent’.

D’ailleurs, il était défendu d’interpeller un Valmusien autrement que par son titre, dont il reste la trace aujourd’hui de quelques exemples tels que Figuier, Sureau, Myrthe, Rosier

Mr de Neuflieu, lieutenant colonel du génie à Douai, signait Le Houx, tandis que Mr Le Gay d’Arras était connu sous le pseudonyme de Pêcher.

L’intronisation d’une nouvelle Valmusienne : Melle Joseph Caroline de Wavrechin (cerisier) accompagnée de messire de Gilèle de l’Estang (acacia) et où l’on apprend que M. Casimir de Wavrechin est le mécène, et en cette qualité, il a 2 arbres pour parrains : le chêne et le palmier. Le secrétaire se nomme M. le Dr.Taranget.

Pour une intronisation, toute l’Académie se rassemble sous des arbres touffus, chacun placé à sa guise, hormis les dignitaires qui occupaient la partie opposée à celle par laquelle on entrait.

Pas d’appel nominal, pas de procès-verbal, le secrétaire lit le diplôme qui introduit le ou la nouvelle sous le nom de son arbre. Applaudissements de l’assemblée.

Précédée de trois Valmusiens, le brouetteur, le sarcleur et l’arroseur, la nouvelle Bocagère reçoit l’accolade. La réponse ne se faisait qu’en vers.

Félicitations de l’Assemblée.

Le père du Dr Maugin connut intimement quelques-uns des Valmusiens. Mme Flazanet née Rémy du Maisnil a couru enfant sous les arbres de Brunémont. Sa famille tint une grande place parmi les poètes du Valmuse. Le Dr Maugin a retrouvé une partie des archives du Valmuse dans les papiers du Dr Taranget ainsi que dans des pièces données à son père par Mme Balthazar provenant de la famille Thomasin.

De très nombreux vers de ces académiciens – arbustes, issus de l’improvisation fertile des artistes, n’eurent pas même les honneurs de la transcription, et se perdirent dans les airs avec le son de la voix qui les chantait.

L’académie fut emportée par un violent orage, en 1870.

La tourbe et les Tourbières

La Tourbière

La décomposition des plantes adaptées à un milieu gorgé d’eau et dont les débris s’accumulent, ces éléments produisent la Tourbe, qui peut contenir jusqu’à 50% de carbone.

Pour cela, 3 conditions sont nécessaires :

- humidité élevée,

- relief qui retient l’eau,

- température basse (5-6° moyenne)

L’évaporation abaisse naturellement la température.

Histoire d’une tourbière

- 15000 : âge glaciaire, froid sec, les plantes réapparaissent, les armoises, type Laponie (loups, caribous..)

- 13000 : la glace fond, les arbustes se développent (genévriers), type Toundra,

- 10000 : premiers arbres, bouleaux, saules, pins, forêt de type Taïga, mais retour de 500 ans de froid, forêts détruites.

- 8000 : remontée de température, retour de l’humidité atmosphérique, entrée dans le Postglaciaire ou nous sommes encore, arrivée massive des noisetiers,

- 5000 : règne des feuillus, climat chaud et humide propice aux chênes, ormes, tilleuls, aulnes, hêtres, seules les tourbières en formation éclaircissent la forêt. La croissance de la tourbe est d’environ 1mm/an.

- 4000 : époque marquée par des déboisements provoqués par l’homme préhistorique, premières cultures.

- 0 à +500 : le climat n’est plus seul responsable, il y a l’homme, omniprésent. Grands déboisements gallo-romains au profit de la culture et de l’élevage.

Formation de la Tourbe

Dans l’eau froide, la matière se décompose mal, les débris sont conservés intacts, végétaux, animaux, humains.

Ce sont les grains de pollen qui permettent, par leur superposition, de reconstituer le paysage végétal et les climats successifs (palynologie).

Certaines tourbières ont même restitué des cadavres en parfait état, datant de l’age de bronze (ex. : le pendu de -220)

Evolution d’insectes

Les femelles de certains diptères (mouches, moustiques…), sont devenues peu à peu ‘aptères’, leurs ailes se sont atrophiées.

L’évolution, surprenante, a voulu que les ailes des femelles disparaissent, pour éviter d’être emportées par le vent, et ainsi demeurer sur les lieux.

Travail de la Tourbe

Les habitants exploitaient la richesse des marais : les roseaux pour couvrir les toits, et servir de litière aux animaux, et la tourbe, appelée ‘Motte’, servit de combustible pendant des siècles, pour s ‘éclairer, se chauffer, et cuire.

Toute la famille allait faire la motte en été, les marais étaient des lieux de rencontres.

Pour remonter les carottes de tourbe, on utilisa d’abord le louchet, puis le Grand louchet.

L’eau s’infiltrait dans les trous, les tourbiers devaient souvent se débarrasser des sangsues.

Les mottes, découpées, étaient étalées à sécher, par rangées, laissant un espace.

En septembre, on les ramassait sèches.

Les ‘briques’ de tourbe assuraient le chauffage tout l’hiver, elles étaient très appréciées pour la cuisson des pommes de terre, dans les chauffe-pieds, et pour fumer l’ail.

Vers 1925 sont apparues les cuisinières au charbon, et en 1946 les réchauds électriques et au butane.

Les habitants abandonnèrent la tourbe comme moyen de chauffage et d’éclairage vers 1947, seuls les planteurs d’ail ont perpétué cette tradition.


La chanson des tourbiers

Un poète astronome

Se trouvait à leur tête,

Comm’ Mathieu de la Drôme,

C’est un triste prophète.


D’puis des siècles sans nombre,

A mô Brunémont

A reçu d’Alé aume

D’quoi faire ses provisions.

Os airons des troub’s, tourbiers !

Os airons des troubes !

Os airons des troub’s, tourbiers !

Os airons des troubes !

Si la France est guerrière,

A mô Brunémont

Maintiendra ses barrières,

Sans poudre et sans canon.


D’puis des siècles sans nombre,

A mô Brunémont

A reçu d’Alé aume

D’quoi faire ses provisions.

Os airons des troub’s, tourbiers !

Os airons des troubes !

Os airons des troub’s, tourbiers !

Os airons des troubes !

Le plus vieux de la bande

Avait la plume en main.

Il voulait nous faire prendre

Mais nous sommes plus malins


D’puis des siècles sans nombre,

A mô Brunémont

A reçu d’Alé aume

D’quoi faire ses provisions.

Os airons des troub’s, tourbiers !

Os airons des troubes !

Os airons des troub’s, tourbiers !

Os airons des troubes !

Elle fut vraisemblablement empruntée au village de Long, dans la Somme, et fut adaptée à Brunémont, dont la rime et le dur labeur du tourbier sont ici identiques.

L’office de tourisme de Sensée lui a composé un air, fredonné en groupe à chacune de ses visites guidées.

Tradition

La tradition voulait que chaque habitant du village avait sa ‘place à tourbe’, qui donnait droit à une certaine quantité de matière pour se chauffer, définie par la commune.

Ces anciennes places à tourber, avec le temps, sont devenues des parts de pêche, des pontons affectés aux villageois.

Chacun se retrouve donc avec une part de pêche, mais comme il y a plus d’habitants de nos jours que de parts, un remaniement eut lieu en 2001, et il a fallu regrouper les bénéficiaires pour une part affectée, par famille, ou par affinité.

Fête locale

Brunémont fête le marais.

Chaque dernier dimanche de juillet, en pleines vacances, la foule envahit le camping municipal dès le matin.

Des animations en permanence tiennent le visiteur en haleine, et en salive, avec le marché des produits du terroir, jusqu’au soir, moment privilégié où l’on attend impatiemment le plaisir d’aller se trémousser au bal.

Le bouquet final, le feu d’artifices tiré sur le marais, qui clôture en apothéose une si belle journée, en promettant de recommencer….l’année suivante.